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12 septembre 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Trois journalistes femmes menacées de mort à Bukavu


Le 12 septembre 2009, dans une lettre adressée aux autorités provinciales du Sud-Kivu, Reporters sans frontières a fait part de sa vive préoccupation suite aux menaces de mort anonymes proférées, par messages téléphoniques, à l'encontre de trois journalistes femmes de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu (est du pays). "Etant donnée la multiplication des attaques violentes et des meurtres de journalistes à Bukavu, nous estimons que ces menaces doivent être prises très au sérieux. Nous vous demandons de bien vouloir vous assurer que la sécurité de ces trois journalistes est garantie, et qu'une enquête sérieuse permettra de retrouver les auteurs des messages ainsi que leurs commanditaires", a écrit Reporters sans frontières au gouverneur du Sud-Kivu, Louis Léonce Muderhwa Chirimwami. "Nous comptons beaucoup sur votre implication personnelle dans cette affaire. Il est plus que jamais urgent de mettre fin à l'hécatombe et de démontrer que les menaces et les attaques contre les professionnels des médias ne resteront plus impunies au Sud-Kivu, en particulier à Bukavu", a ajouté l'organisation. Kadi Adzuba et Delphine Namuto, toutes deux journalistes à Radio Okapi, et Jolly Kamuntu, journaliste à la station privée Radio Maendeleo, ont été personnellement visées, cette semaine, par un texto provenant du numéro 08 13 753 026. Le message en swahili, reçu à deux reprises par Delphine Namuto, indique : "mulisha zoweya mubaya munaanza ingiya mu mambo haibaone ju ya kuonesha kama habawezi bagusa, sasa munataka kufa ako ju munyamanze. Tunapata rusa y kuanzia ako Kadi, kisha Kamuntu kisha Kintu Namuto risasi mu kichwa" ("Vous avez pris la mauvaise habitude de vous immiscer dans ce qui ne vous regarde pas pour montrer que vous êtes intouchables, maintenant certains d'entre vous vont mourir pour que vous la boucliez. Nous venons d'avoir l'autorisation de commencer par Kadi, puis Kamuntu puis Namuto : une balle dans la tête"). Le 5 septembre, Kadi Adzuba avait déjà reçu des appels anonymes menaçants. Le 12 septembre, Jolly Kamuntu, de Radio Maendeleo, a déposé une plainte contre X auprès du Procureur général de la République à Bukavu. Elle a également averti l'auditorat militaire du Sud-Kivu car les menaces dont elle est victime font état de l'utilisation possible d'une arme à feu. Ses deux consoeurs de Radio Okapi ont l'intention de l'imiter prochainement. "Kadi, Delphine et Jolly sont trois journalistes respectées et très actives. Nous ignorons encore les raisons exactes des menaces, mais c'est bien leur activité de journaliste qui est mise en cause. La situation pour nous est devenue invivable. Vous ne pouvez plus faire votre travail d'information sans être menacé", a confié à Reporters sans frontières un journaliste de Bukavu sous couvert d'anonymat. Le 11 septembre, Journaliste en danger a dénoncé "l'industrie du crime à Bukavu" et a demandé au Procureur général de la République (PGR) d'ouvrir une enquête. Reporters sans frontières soutient la demande de son organisation partenaire en RDC, qui souhaite voir le PGR lancer une réquisition d'information auprès de la société de téléphonie cellulaire VODACOM. Reporters sans frontières rappelle que trois journalistes ont été assassinés par balles à Bukavu en l'espace de deux ans. Il s'agit des employés de Radio Okapi, Serge Maheshe et Didace Namujimbo, tués respectivement les 13 juin 2007 et 21 novembre 2008, et de Bruno Koko Chirambiza, présentateur à la station privée Radio Star, assassiné le 23 août 2009. En mars dernier, dans un rapport d'enquête intitulé "Bukavu, la cité des meurtres", dans lequel elle avait appelé le gouvernement congolais à mettre sur pied une commission judiciaire spéciale chargée de faire la lumière sur les assassinats de journalistes dans la ville, l'organisation avait attiré l'attention des autorités locales sur la récurrence des menaces de mort par messages téléphoniques. Lire l'interview donnée par Jolly Kamuntu au journal Le Potentiel