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7 août 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Thaïlande : la junte tente de faire taire le journaliste Pravit Rojanaphruk

Prayuth Chan-o-cha, head of the National Council for Peace and Order (NCPO). photo : Lillian SUWANRUMPHA / AFP

Actualisation : Le 8 août 2017, le journaliste Pravit Rojanaphruk s’est rendu à la convocation de la police locale afin d’entendre les charges retenues contre lui. Il risque 14 ans de prison pour avoir, selon les autorités, violé la loi sur la sédition dans certains de ses posts Facebook, dont deux publiés il y a plus d’un an, en février 2016.


“Nous tenons tout d’abord à saluer le courage et la persévérance dont Pravit Rojanaphruk fait preuve malgré le harcèlement dont il est victime depuis plusieurs années, déclare Reporters sans frontières. Pravit Rojanaphruk est reconnu par tous comme un journaliste de talent, son professionnalisme et son influence grandissante sur les réseaux sociaux en ont fait une cible pour la junte au pouvoir. Nous continuerons à nous mobiliser et à sensibiliser le public pour dénoncer cette tentative de museler une des dernières voix critiques en Thaïlande.”



07.08.17 Le journaliste Pravit Rojanaphruk, une des figures de la lutte pour la liberté d’expression en Thaïlande, se voit accusé de sédition. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ce harcèlement à l'encontre de ce journaliste de renom et exhorte les autorités à abandonner toute procédure contre lui.


Dans une ultime tentative de faire taire Pravit Rojanaphruk, journaliste connu pour ses articles au ton critique à l’encontre de la junte et de la loi sur la lèse-majesté, les autorités l’accusent de sédition en violation de l’article 116 du code criminel. La plainte a été déposée par un lieutenant-colonel de la police locale, qui lui reproche d’avoir violé la loi sur la sédition dans cinq de ses posts Facebook. Il doit comparaître devant la police mardi 8 août et risque jusqu’à 20 ans de prison.


Il ne s’agit pas de la première mesure engagée contre le journaliste indépendant. Depuis plusieurs années déjà, le reporter du site d’information Khaosod English figure parmi les cibles préférées du pouvoir en raison de ses prises de position à l’égard des autorités et de la loi de lèse-majesté. Lorsque la junte ne s’en prend pas à lui par le biais de la justice, elle lui interdit purement et simplement de quitter le territoire pour participer à des événements tels que la Journée mondiale de la liberté de la presse de l’UNESCO en 2016. En 2015, le journaliste a également été soumis à une “session d’ajustement comportemental dans un lieu tenu secret, après avoir été arrêté en 2014.


Nous demandons aux autorités d’abandonner immédiatement les procédures criminelles à l’encontre de Pravit Rojanaphruk, déclare Reporters sans frontières. Ce journaliste intègre a déjà maintes fois fait l’objet de harcèlement simplement pour avoir exprimé son opinion et défendu la liberté d’informer. Les pressions ont été telles qu’il a dû renoncer à son ancien poste pour le journal The Nation. Il est maintenant temps que les autorités prennent conscience que les libertés d’expression et de la presse constituent des droits fondamentaux et qu’elles ne peuvent être ainsi attaquées, de surcroît dans l’impunité la plus totale.”


Pravit a récemment été récompensé pour son engagement par le prix pour la liberté de la presse 2017 du CPJ (Comité de Protection des Journalistes). L’organisation a ainsi félicité le travail du journaliste, “un reporter critique et défenseur de la liberté d’expression en Thaïlande, qui a été harcelé par le gouvernement et détenu par deux fois au cours des dernières années pour avoir couvert la politique du pays et les droits humains.”


Depuis le coup d’Etat du 22 mai 2014 qui a amené le Conseil national pour la paix et l’ordre (National Council for Peace and Order, NCPO) au pouvoir, la junte militaire n’a cessé de porter atteinte à la liberté de la presse. Les journalistes et journalistes-citoyens, locaux ou étrangers, qui osent critiquer le gouvernement sont poursuivis en justice, emprisonnés ou contraints à l’exil, régulièrement accusés de diffamation. En avril dernier, le gouvernement a interdit tout échange en ligne avec trois dissidents politiques accusés de “lèse-majesté”. Le journaliste-citoyen Jatupat Boonpattararaksa a été arrêté en février 2017 pour avoir relayé un article de la BBC sur son compte Facebook. Son procès vient seulement de commencer, après 8 mois passés en détention, et il risque jusqu’à 15 ans de prison.


La Thaïlande se situe à la 142e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017 de RSF.