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18 février 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Tentative d’assassinat : une volonté de faire taire les derniers journalistes insoumis


Reporters sans frontières et son organisation partenaire, Journalists for Democracy in Sri Lanka, dénoncent avec la plus grande force la tentative d’assassinat à l’encontre du journaliste du Sunday Leader, Faraz Shauketaly, à Colombo. Le 15 février 2012, un groupe d’individus non identifiés ont pénétré dans le domicile du journaliste et ont ouvert le feu sur ce dernier, avant de prendre la fuite. Son pronostic vital n’est plus engagé. “Cette attaque, révoltante, semble indiquer que les ennemis de la presse libre ont pour but de faire taire tous les journalistes qui persévèrent à effectuer leur travail librement. Même si c’est une enquête approfondie qui devra déterminer avec certitude le motif de cette attaque, de nombreux indices pointent déjà vers des représailles en réaction aux activités journalistiques de Faraz Shauketaly. Le journaliste a fait l’objet de menaces peu de temps après avoir publié des articles révélant des faits de corruption au sein du gouvernement et des malversations financières d’entreprises privées”, ont déclaré Reporters sans frontières et Journalists for Democracy in Sri Lanka. “Nous demandons aux autorités de réagir dans les plus brefs délais et de privilégier la piste journalistique, qui s’avère la plus probable à ce stade initial de l’enquête. Une protection policière doit être mise en place à l’hôpital où est soigné Faraz Shauketaly et maintenue après son départ”, ont ajouté les organisations. Dans la soirée du 15 février, alors que le journaliste discutait par téléphone avec la rédaction du Sunday Leader, depuis son domicile situé dans le quartier résidentiel de Mount Lavina, au sud de la capitale, trois individus ont fait irruption dans sa chambre et l'ont attaqué, en prenant soin de couper la ligne téléphonique avant d’ouvrir le feu. Blessé par des éclats de balle au cou, le journaliste a bénéficié de l'aide de touristes étrangers logeant dans sa maison d’hôtes, adjacente à son domicile, qui l’ont emmené à l’hôpital national de Colombo. Dans les 24 heures qui ont suivi, les médecins sont parvenus à extraire les morceaux de balle logés dans le corps du journaliste, dont le pronostic vital n'est pas engagé. Selon plusieurs témoins, des hommes non identifiés s’étaient présentés à son domicile deux semaines avant l'attaque, pour s'enquérir de sa présence. Selon le Sunday Leader ; "il est clair que l'attaque sur Faraz était bien planifiée et coordonnée, car les tireurs savaient qu'il se trouverait à son domicile à cette heure précise, connaissaient l'emplacement de sa chambre et savaient qu'il s'y trouverait seul." Cette attaque survient quelques semaines après la commémoration de la disparition du caricaturiste Prageeth Ekneligoda, disparu depuis le 24 janvier 2010, et de l’assassinat du rédacteur en chef du Sunday Leader, Lasantha Wickrematunga, tué par balle le 8 janvier de l’année précédente. Ce “Black January” avait aussi été marqué par la tentative de meurtre à l’encontre du rédacteur en chef du journal privé Rivira Weekly, Upali Tennakoon, et de son épouse. Les journalistes sri lankais font régulièrement l'objet de menaces et de représailles, y compris de la part du gouvernement. Ancienne rédactrice en chef du Sunday Leader, Frederica Jansz, a récemment décrit à Reporters sans frontières l'insécurité et l’impunité permanentes qui minent le travail de la presse et qui l'ont notamment contrainte à quitter le pays. Le Sri Lanka fait partie des Pays sous surveillance et se situe à la 162ème place, sur 179 pays, du classement 2013 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. AFP PHOTO/Sanka VIDANAGAMA