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20 juillet 2021

Tentative d’assassinat contre le blogueur pakistanais Waqass Goraya, en exil aux Pays-Bas

A partir de février 2021, Ahmad Waqass Goraya a dû se cacher dans un endroit secret et reclus, suite à des menaces de mort identifiées par les services secrets néerlandais (photo : DW).
Le meurtrier présumé du blogueur, basé à Londres, fait l’objet de poursuites devant la justice britannique pour conspiration en vue de mener un assassinat. Reporters sans frontières (RSF) appelle les polices britannique et néerlandaises à tout faire pour retrouver ses complices, quitte à interroger les représentations diplomatiques d'Islamabad.

Les journalistes pakistanais vivant en exil en Europe doivent-ils craindre pour leur vie ? La question se pose crûment, au lendemain de l’audience qui s’est tenue hier, lundi 19 juillet, dans l’enceinte de la “Old Bailey”, la cour pénale située au cœur de Londres.


Sur le banc des accusés se trouvait Muhammad Gohir Khan, citoyen britannique d’origine pakistanaise, suspecté d’avoir mené - sinon fomenté - une tentative d’assassinat à l’encontre du blogueur pakistanais Ahmad Waqass Goraya, qui vit en exil aux Pays-Bas depuis 2017.


Cela fait bientôt six mois que ce dernier doit se cacher dans un endroit secret et reclus, après que la police néerlandaise lui a fait part, le 12 février dernier, de sérieuses menaces qui pesaient sur sa vie - ce dont il avait fait part à l’époque à RSF. Au même moment, Gohir Khan avait pris un train Londres-Amsterdam, puis loué une voiture pour aller en repérage près du domicile de Waqass Goraya. “Quelqu’un a même tweeté une photo prise à l’intérieur de chez moi”, se souvient le blogueur.


Le meurtrier présumé a finalement été arrêté par Scotland Yard le mois dernier. Durant l’audience qui s’est tenue hier, la cour a confirmé le chef d’accusation pour “conspiration en vue de commettre un assassinat” qui vise Gohir Khan, lequel est maintenu en détention provisoire. Un procès est prévu en janvier 2022.


“Aucune piste ne doit être négligée”


“Nous accueillons avec soulagement l’avancement des poursuites judiciaires dirigées contre celui qui projetait d’assassiner Ahmad Waqass Goraya, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Mais n'oublions pas qu’une conspiration n’est pas un acte isolé : nous appelons donc les polices britannique et néerlandaise à tout mettre en œuvre pour retrouver les complices et les commanditaires de ce projet d’assassinat. A ce titre, aucune piste ne doit être négligée - quitte à convoquer les représentations diplomatiques du Pakistan en Europe.” 


Lorsqu’il vivait sur le sol pakistanais, le blogueur avait été enlevé et torturé pendant plusieurs semaines au début de l’année 2017 - ce qui avait alors précipité son départ en exil aux Pays-Bas. Selon lui, cette séquestration avait été menée par “une institution gouvernementale en lien avec l’armée”. 


En février 2020, Ahmad Waqass Goraya avait été attaqué devant son domicile familial, à Rotterdam. Il avait alors affirmé à RSF que “cette attaque [épousait] clairement le modus operandi des services secrets pakistanais”.


Chasse aux journalistes dissidents 


Un mois plus tard, en mars 2020, c’est en Suède qu'a disparu un autre journaliste pakistanais vivant en exil. Sajid Hussain, rédacteur en chef du site Balochistan Times, a finalement été retrouvé mort le 23 avril. Malgré plusieurs élémenst probants mis en lumière par RSF, le parquet suédois n’a pas retenu la thèse de l’assassinat.


“L’hypothèse d’un assassinat du journaliste Sajid Hussain en Suède n’a malheureusement pas conduit à ce que l’on se préoccupe de la sécurité des journalistes pakistanis en exil et les menaces qui les visent, estime Waqass Goraya.


Interrogé par RSF dans la foulée de l’audience du 19 juillet, il entrevoit tout de même “le début d’une prise de conscience du fait que les dissidents pakistanais ne sont pas en sécurité dans les pays occidentaux. L’arrestation [de Mohhamed Gohir Khan] est un premier pas vers davantage de justice et de responsabilité. La chasse aux dissidents doit cesser.” 


Le Pakistan se classe 145e sur 180 pays dans l’édition 2021 du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF.