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14 mai 2021

Tadjikistan : l’Etat instaure un contrôle total sur les médias indépendants

Le président du Tadjikistan Emomali Rahmon. THIERRY CHARLIER / AFP
Les autorités tadjikes imposent de nouvelles conditions liberticides aux chaînes de télévision et radios privées du pays pour renouveler leurs licences. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une censure inédite et demande la suppression immédiate de ces dispositions.

Le Tadjikistan a décidé d’instaurer une censure officielle et systématique sur les contenus diffusés par les chaînes de télévision et les stations de radio privées indépendantes dans le pays. Pour 2021, le Comité de la télévision et de la radiodiffusion du Tadjikistan (KTR) - un organe étatique - impose ainsi de nouvelles conditions dans ses contrats de licences de diffusion. Ces dernières, renouvelées chaque année à la fin du printemps, obligent désormais les rédactions à soumettre à validation préalable toutes leurs productions éditoriales en langue étrangère, y compris le russe. Plus d’une trentaine de médias sont concernés, ceux qui refusent de s’y soumettre perdront leur autorisation de diffusion.


“Sous le prétexte fallacieux d’améliorer la qualité des médias privés, les autorités tadjikes renforcent encore la censure et leur emprise sur les derniers bastions du journalisme indépendant, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. RSF demande la suppression immédiate de ces nouvelles conditions de diffusion et enjoint les autorités à respecter le pluralisme et la liberté d’expression des médias privés.”


Outre la validation des contenus, les chaînes indépendantes seront désormais tenues de diffuser des informations provenant des médias publics à la demande des autorités. Elles devront également envoyer des journalistes à tous les événements officiels et “suivre strictement la politique du pays en matière d'information”. Il leur sera interdit de conclure des accords et de diffuser les productions journalistiques de médias d’autres pays sans autorisation préalable du KTR.


Le Comité exige par ailleurs le versement d’1% de leurs bénéfices et multiplie par près de 20 le coût d’une licence, à 13 000 somoni (environ 950 euros) par an. Certaines chaînes de télévision ou stations de radio indépendantes risquent ainsi de perdre leur licence en raison de cette pression budgétaire.  Des clauses “illégales”, selon Nouriddine Karchiboïev, le président de l’Association des médias indépendants du Tadjiskistan (Nansmit), partenaire de RSF, qui prévoit de les contester devant les tribunaux.


Prémisses de la décision de censurer les chaînes indépendantes, le président Emomali Rakhmon avait appelé, le 10 mars sur Radio Tadjikistan, à améliorer les médias nationaux en fournissant des “informations réelles et impartiales”. Il avait également critiqué le danger représenté par les médias étrangers qui tentent, selon lui, d’imposer l’idéologie de leur pays. 


La semaine précédente, le 3 mars, un conseiller du président avait réuni des journalistes dans les locaux du quotidien d’Etat Djoumhouriyat pour leur demander d’être plus “actifs et unis” dans la “guerre de l’information” contre les médias d’opposition, reconnaissant implicitement l’existence d’une “usine à trolls” au service des autorités. Après ces instructions, une campagne de désinformation a débuté sur les réseaux sociaux, visant à discréditer des médias comme Radio Ozodi, le service tadjik de Radio Free Europe / Radio Liberty.


Désormais 162e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, le Tadjikistan a perdu 46 places depuis 2015 et la dérive répressive du président Rakhmon.