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28 décembre 2018

Soudan : RSF dénonce une nouvelle vague de répression alarmante contre la presse

Des manifestants soudanais chantent des slogans en marchant dans la rue lors des protestations anti-gouvernementales le 25 décembre 2018 à Khartoum, Soudan. REUTERS/Mohamed Nureldin
Séries d’arrestations, agressions de journalistes, interdictions de parution, coupure du réseau internet... Reporters sans frontières (RSF) dénonce une violente mise au pas de la presse soudanaise en marge d’importantes manifestations.

Ces derniers jours, les services de sécurité mettent tout en œuvre pour empêcher les journalistes de témoigner des grandes manifestations contre la hausse générale des prix des produits de première nécessité qui secouent le Soudan depuis plus d’une semaine et dont le bilan humain est lourd : 19 personnes sont mortes selon les autorités, au moins 37 selon l’ONG Amnesty International.


Alors qu’ils étaient réunis devant le siège du journal Al-Tayar  pour dénoncer l’intensification de la répression contre la presse qui tente de couvrir ces événements, neuf journalistes ont été brièvement arrêtés par les services de renseignements (NISS) jeudi 27 décembre. Un peu plus tôt, le réseau des journalistes soudanais avait appelé à trois jours de grève. Le 25 décembre, une dizaine de reporters avaient déjà été interpellés par le NISS avant d’être finalement libérés.


Le même jour, trois journalistes ont été agressés. Le correspondant d’Al Jazeera, Ahmed Alrehaid, et le rédacteur en chef du journal Al-Tayar, Khalid Fathi, ont été blessés par les services de sécurité alors qu’ils couvraient les manifestations, tandis que le rédacteur en chef du journal Al-Sudani, Yassir Abdallah, a été emmené de force dans une voiture. Il a alors reçu plusieurs coups au visage après que le NISS a forcé l’entrée des locaux de sa rédaction. D’après les informations obtenues par RSF, les forces de l’ordre ont également tenté de pénétrer dans les bureaux des journaux Al-Tayar et Al-Mustaqila.


Pour empêcher les journalistes de travailler et les informations de circuler, quatre éditions de journaux soudanais ont également été confisquées entre le 20 et le 25 décembre. Le 26 décembre, le correspondant de Arab TV, Adnan Jan a quant à lui reçu l’ordre de quitter le pays dans les 24 heures. Enfin, les autorités sont à l’origine de fortes perturbations sur le réseau internet selon les ONG NetBlocks et Access Now. L’accès aux réseaux sociaux est notamment très difficile depuis le 18 décembre.


“Si les autorités soudanaises voulaient faire de leur pays un trou noir de l’information, elles ne s’y prendraient pas autrement, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.  Les services de renseignement ne se contentent plus d’agir comme une police éditoriale fixant arbitrairement les lignes rouges à ne pas franchir pour les journalistes, ils arrêtent, répriment, et empêchent les informations de circuler. Nous sommes alarmés par cette mise au pas de la presse et par l’ampleur de la répression contre des journalistes qui ne font que témoigner de l’actualité sociale brûlante dans leur pays”.


Une charte pour les sujets interdits


Le 2 novembre dernier, les services secrets soudanais avaient temporairement cessé de censurer les journaux en échange de la signature par leurs rédacteurs en chef d’une “charte des médias”. Cette charte dite de “bonne conduite” interdit notamment toute publication sur les forces régulières du Soudan, ou sur les relations du Soudan avec les pays voisins.


Mais cette accalmie pour la presse soudanaise a été de courte durée. Dès le 20 décembre, les services secrets ont mis en garde les médias contre toute publication traitant des manifestations en cours. Les imprimeries avaient également reçu l’ordre de ne rien imprimer sans avoir obtenu l’autorisation préalable du NISS. Depuis le début de l’année 2018, RSF a enregistré 52 saisies arbitraires de journaux dans le pays.


Le Soudan occupe la 174e place sur 180 dans le Classement 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.