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22 janvier 2019

Soudan : plus d’une centaine d’exactions commises contre la presse depuis le début des manifestations

Sudanese demonstrators gather in Khartoum's twin city Omdurman on January 20, 2019, where Sudanese police fired tear gas at protesters ahead of a planned march on parliament. STRINGER / AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce la politique de répression systématique des autorités soudanaises qui multiplient les exactions contre les médias et les journalistes. A cela s’ajoutent des pressions économiques pour empêcher la presse de couvrir les manifestations contre le gouvernement qui secouent le pays depuis un mois.

Un mois après le début des manifestations qui ont fait au moins 40 morts selon plusieurs ONG, la politique de censure et de répression des autorités soudanaises atteint des niveaux alarmants. RSF a recensé plus d’une centaine d’exactions dont 66 arrestations de journalistes, 6 retraits d’accréditation pour des correspondants de médias étrangers, notamment d’Al Jazeera et de l’agence de presse turque Anadolu, et 34 confiscations de journaux. Les principaux réseaux sociaux restent par ailleurs inaccessibles à moins d’utiliser des réseaux cryptés de type VPN.


Le journal privé indépendant Al-Jareeda a été confisqué pour la 12e journée consécutive ce mardi 22 janvier. Les services de renseignement soudanais (NISS) qui pilotent la répression contre la presse interdisent la couverture du mouvement de protestation. “Les agents passent dans les rédactions ou appellent les rédacteurs en chef pour imposer des titres et des articles sur les succès enregistrés par la police contre les manifestants et confisquent les journaux après impression pour asphyxier économiquement la presse ”, raconte un journaliste soudanais joint par RSF.


“Les journalistes présents au Soudan pour couvrir les manifestations vivent désormais au rythme des exactions, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Intimidations, censure, propagande et pressions économiques sont largement utilisées pour empêcher les informations de circuler et les journalistes de travailler. Nous condamnons le caractère systématique de cette répression qui atteint des niveaux records”.


Cette mise sous tutelle de l’information dénoncée par RSF depuis le début des manifestations gagne également le Soudan du sud voisin. Convoqué le 7 janvier dernier par l’organe de régulation des médias, Michael Christopher, le rédacteur en chef d’Al-Watan a été sommé d’arrêter de couvrir les manifestations et de présenter ses excuses à l’ambassadeur du Soudan à Juba. Dans une lettre obtenue par RSF, les autorités des médias sud-soudanais précisent que les événements en cours au Soudan “relèvent d’affaires internes qui affectent une nation amie” et que les médias sud-soudanais “ne doivent pas diffuser de contenus incitant au trouble ou de commentaires sur ces manifestations”.


Le Soudan et le Soudan du sud occupent respectivement la 174e et la 144e place sur 180 dans le Classement 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.