Actualités

1 mars 2018 - Mis à jour le 2 mars 2018

Singapour veut interdire la couverture médiatique des attaques terroristes

Le projet de loi veut interdire aux médias de couvrir les actes terroristes et la réponse des forces de police spéciales (photo : Roslan Rahman / AFP).
Un projet de loi présenté cette semaine par le gouvernement singapourien prévoit l’interdiction de tout reportage photo ou vidéo en cas d’attaque terroriste. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à supprimer cette disposition absurde qui porterait de graves atteintes à la liberté de la presse.

Interdire la couverture médiatique quand le public en a le plus besoin… C’est en substance ce que propose le projet de loi sur l’ordre public et la sécurité, présenté cette semaine par le ministère de l’Intérieur singapourien, et qui prévoit la possibilité pour la police d’appliquer un “ordre d’arrêt des communications”. En d’autres termes, journalistes et citoyens se verraient interdits de prendre des photos ou des vidéos en cas d’attaque terroriste, et de “communiquer” à l’oral comme à l’écrit à propos des opérations de police. La peine encourue : deux ans de prison et 20.000 dollars singapouriens (12.500 euros).


“Personne ne conteste le besoin de mettre en place des mesures spéciales en cas d’attaque terroriste, avertit Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Mais il ne revient pas au ministère de l’Intérieur de décider ce que les journalistes peuvent diffuser. Interdire la couverture d’événements aussi graves, en priver le public, c’est le mettre en danger. Au final, ce texte serait totalement contre-productif si l’objectif des autorités est de protéger la population. Il serait au contraire très efficace si leur but est de museler les médias indépendants.”


Dans son argumentaire, le ministre de l’Intérieur explique que la diffusion de l’information pourrait mettre en danger policiers et civils impliqués dans l’attaque, citant au passage la couverture médiatique de la prise d’otage de l’Hyper Casher, à Paris, en janvier 2015. Singapour devrait justement s’inspirer de cet exemple : au lieu d’interdire aux journalistes de faire leur travail, le Parlement français a chargé le Conseil supérieur de l’audiovisuel de mener une réflexion sur la couverture médiatique des actes terroristes, en impliquant des représentants des médias, des journalistes, des forces de l’ordre, de la justice et des victimes. Une réflexion qui a permis la publication d’un Code déontologique relatif relatif à la couverture audiovisuelle d'actes terroristes, lequel permet aux médias de délivrer une information libre dans le respect de l’intérêt général.


Le dispositif présenté par le gouvernement singapourien n’existe nulle part ailleurs. Le texte qui s’en rapproche le plus est sans doute la loi anti-terroriste adoptée fin 2015 par la Chine, qui n’est pas vraiment une référence en matière de liberté de la presse.


Singapour se situe à la 151ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.