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15 septembre 2021 - Mis à jour le 15 octobre 2021

Singapour : le site The Online Citizen suspendu à la suite d’un harcèlement du gouvernement

Le rédacteur en chef de The Online Citizen, Terry Xu, devant la Cour suprême de Singapour (photo : NDM - RSF).
Contraint de payer une amende colossale au Premier ministre de la Cité-Etat, le portail d’information The Online Citizen est désormais accusé de contrevenir aux lois sur le financement des médias. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l'acharnement avec lequel le gouvernement harcèle le site, qui paie clairement le prix de son indépendance.

 

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Actualisation - 15 octobre 2021

 

Ce 15 octobre, un mois après avoir été suspendu par l'autorité de régulation des médias, la licence du site d'information The Online Citizen a été définitivement annulée. En cause : le rédacteur en chef Terry Xu a tenu à protéger l'identité de ses abonnés et ne s'est pas conformé à l'ordre du régulateur de divulguer ses sources de financement. RSF condamne cette utilisation abusive de la loi sur le financement des médias et appelle les autorités à revenir sur cette décision arbitraire visant à fermer l'un des derniers médias indépendants de la Cité-Etat.

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De fait, le portail d'information The Online Citizen (TOC) sera mis hors service demain, jeudi 16 septembre, à 15 heures. Il a vu sa licence d’exploitation officiellement suspendue hier mardi, à la suite d’une décision de l’Agence singapourienne de développement des médias d’information et de communication (Infocomm Media Development Authority, IMDA). 


La décision de l’IMDA, une agence qui dépend du gouvernement singapourien, intervient deux semaines après qu’un tribunal de la Cité-Etat a condamné TOC à verser près de 250 000 euros au Premier ministre Lee Hsien Loong pour une affaire remontant à septembre 2019 : comme l’avait révélé RSF, ce dernier avait en effet intenté un procès pour diffamation contre le site au motif d’un article qui se contentait de reprendre un post publié par l’épouse du Premier ministre.


Or, afin d’honorer cette amende, TOC a lancé une campagne de financement participatif - et c’est justement le prétexte mis en avant par l’IMDA pour accuser le site de financement illégal. L’agence argue notamment que ce modèle pourrait “encourager des influences étrangères” - tout investissement direct étrangers dans les médias étant interdit à Singapour.


Langue de bois


RSF a contacté l’IMDA pour demander des éclaircissements relatifs aux prétendues “négligences répétées” de TOC dans la déclaration de ses financements - en vain. Elle doit se contenter d’extraits d’un communiqué officiel : “Il n’y a aucune raison que TOC ne respecte pas ces règles, comme le font tous les fournisseurs de contenu en ligne.”


“Face aux sommets de langue de bois atteints par l’agence de développement des médias, nous lui demandons de rétablir immédiatement la licence de TOC, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Ne soyons pas dupe : les journaux et sites d’informations pro-gouvernementaux, qui forment l’essentiel de la presse singapourienne, sont parfaitement exemptés des demandes de l’IMDA - à la différence de TOC qui lui, à l’inverse, est la cible d’un acharnement sans fin. Le site paie clairement le prix de son indépendance éditoriale.” 


Le site ne peut plus, pour l'heure, publier d’articles ou d'informations sur les réseaux sociaux. Et il a deux semaines, jusqu’au 28 septembre, “pour prendre les mesures adéquates afin de se conformer à la loi sur la diffusion” - ou sa licence sera purement et simplement annulée, selon les termes de l’article 12 de cette même loi.


Mécanismes nébuleux


Interrogé par RSF, Terry Xu (également connu sous son nom chinois Xu Yuanchen) assure avoir fourni tous les documents nécessaires à l’IMDA, comme il l’a détaillé, le 7 septembre, dans un post Facebook : “Notre site n’a jamais reçu de financement étranger et n’a pas vocation à le faire dans l’avenir”, résume-t-il.


En amont de l’Examen périodique universelle de Singapour devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, RSF avait décrypté, en octobre 2020, les mécanismes nébuleux qui permettent au gouvernement de la Cité-Etat d’imposer une censure généralisée de la presse par des voies de harcèlement juridique, économique et moral. 


Entré officiellement en 2020 dans la “zone noire” du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, à savoir une “situation très grave”, Singapour est actuellement classé 160e sur 180 pays.