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19 novembre 2019 - Mis à jour le 20 novembre 2019

Serbie : RSF condamne les campagnes de diffamation et la recrudescence des tentatives d’intimidation dirigées contre la chaîne de télévision indépendante N1

Depuis plusieurs semaines, les journalistes de N1, seule grande chaîne de télévision indépendante, sont la cible d’attaques systématiques et répétées de la part du gouvernement et des médias pro-gouvernementaux. Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à dénoncer publiquement ces actes d’intimidation et à ne pas les entretenir.

Miodrag Sovilj, jeune journaliste à N1, est au coeur d’une polémique sans précédent largement alimentée par l’entourage présidentiel et les médias pro-gouvernementaux : il est accusé d’avoir envoyé le président serbe Aleksandar Vucic à l’hôpital… Le 15 novembre 2019, le président et le journaliste se sont entretenus dans le cadre de l’ouverture d’un parc pour enfants à Belgrade. Quelques heures plus tard, le président serbe a été hospitalisé pour des problèmes cardio-vasculaires. Les soupçons de corruption émis publiquement par le journaliste lors de l’échange et les nombreuses questions posées sur des achats d’armes produites par le gouvernement, semblent avoir dérangé le président. Outre ces allégations, depuis lundi 18 novembre des photos volées du compte Myspace de Miodrag Sovilj, datant de l’époque où il était étudiant, circulent sur internet. Les tabloïds s’en sont saisis pour le décrire comme un alcoolique et un toxicomane.

Cet incident n’est pas isolé, N1, chaîne affiliée à CNN, est également en pleine tempête  et la cible de critiques répétées, parfois même l’objet d’une hostilité manifeste de la part des responsables politiques au pouvoir. L’objectif est de “nous empêcher de faire notre travail et de nous museler” a déclaré Miodrag Sovijl au site d’investigation BIRN. Le directeur du programme N1, Jugoslav Cosic, a lui aussi été la cible d’une campagne de diffamation menée par des journaux pro-gouvernementaux, l’accusant d’être un « lobbyiste rémunéré par le Kosovo » au motif qu’il était favorable à une légalisation de cette action, alors que l’ancienne province serbe à majorité albanaise a proclamé son indépendance en 2008.

 

RSF condamne sans équivoque ces campagnes de diffamation et de décrédibilisation des journalistes et exhorte le gouvernement à dénoncer publiquement ces attaques au lieu de les alimenter :

Cette campagne fondée sur des déclarations et des spéculations discriminatoires et offensantes n’a pour seul objectif que d’intimider et d’effrayer ces journalistes, déclare Pauline Adès-Mevel, responsable du bureau UE-Balkans de RSF. Le président serbe avait pourtant affirmé en janvier lors d’une rencontre avec RSF regretter la polarisation des médias et s’était engagé à changer les choses à propos des diffamations et des insultes dans les médias. Son devoir est de créer un environnement favorable pour qu’un journalisme d’investigation impartial et critique puisse exister.”

Depuis de nombreuses semaines déjà, les journalistes de N1 connaissent des actes d’intimidation inédits. Mercredi 6 novembre 2019, des tracts alléguant les aspirations antipatriotiques du directeur de la chaîne ont été jetés à travers la clôture du bâtiment au moment même où l’un des candidats au poste de premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, était à l’antenne. Peu de temps avant cet incident, des hommes masqués avaient fait irruption dans les jardins de la télévision, avant de lancer des centaines de tracts portant l’inscription «Au revoir République de Serbie, Bienvenue Luxembourg », une façon d’inciter les journalistes à se retirer au Luxembourg, où se trouve le siège de la télévision. A la mi-octobre, une installation improvisée près de l’entrée des locaux de N1 portait ce même message. Ces tentatives d’intimidation sont toujours accompagnées d’attaques sur les réseaux sociaux. 

Suite à ces attaques, les rares journalistes indépendants du pays se sont réunis le 16 octobre 2019, devant le siège du gouvernement afin de soutenir la chaîne.  

La situation y est de plus en plus préoccupante en Serbie qui n'a cessé de dégringoler ces dernières années dans le Classement mondial de la liberté de la presse RSF et qui occupe aujourd'hui la 90e position sur 180