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27 mars 2020

Sept organisations appellent le gouvernement slovène à cesser de harceler un journaliste d’investigation

Blaž Zgaga / Photo: Tomislav Čuveljak
Le journaliste d’investigation slovène et correspondant de Reporters sans frontières (RSF) Blaž Zgaga fait l’objet d’une campagne de haine alimentée par le gouvernement sur les réseaux sociaux et dans les médias depuis qu’il a formulé officiellement une demande d’information sur la pandémie de COVID-19 auprès des autorités de Ljubljana. Dans une lettre adressée au Ministre de l’Intérieur Aleš Hojs lundi 23 mars, RSF a fait part de ses inquiétudes quant à la sécurité du journaliste. En l’absence de réponse, RSF a décidé de rendre ce courrier public. La requête a été depuis cosignée par six autres organisations internationales de défense de la liberté de la presse. La lettre commune appelle le gouvernement slovène à autoriser les journalistes à couvrir la crise sanitaire en toute liberté et indépendance, tout en leur garantissant un accès complet à l’information.


 

A l’attention du ministre de l’Intérieur de la République de Slovénie, M. Aleš Hojs

                                                                                                                     

                                                                                              Le 23 mars 2020,


 

Demande d’intervention en faveur d’un journaliste slovène menacé de mort par des groupes d’extrême-droite.

 

Monsieur le Ministre,

 

Je vous écris au sujet de la situation de M. Blaž Zgaga, journaliste d’investigation indépendant basé à Ljubljana.

 

M. Zgaga a récemment reçu plusieurs menaces de mort. À l’origine de ces attaques, une demande d’information, légitimement adressée au Secrétaire Général du nouveau gouvernement slovène, sur le fonctionnement de la « Cellule de Crise de la République de Slovénie », nouvellement créée afin de lutter contre la pandémie de COVID-19.

 

Cependant, au lieu d’obtenir une réponse, sa demande a été accueillie par un retweet très inquiétant émanant du compte Twitter officiel de cette même Cellule de Crise. Ce retweet alléguait que M. Zgaga faisait partie d’un groupe de « quatre patients psychiatriques échappés de quarantaine », tout en précisant qu’ils étaient porteurs d’un « virus Covid-Marx/Lénine », sans doute une façon exagérée et allusive d’évoquer les critiques du journaliste à l’égard du parti d’extrême-droite au pouvoir, Slovenska demokratska stranka (SDS).

 

Peu de temps après, le média Nova24TV, propriété du SDS, commençait une campagne de diffamation à l’encontre de ce journaliste en publiant un article reprenant ces fausses allégations et en dépeignant M. Zgaga comme un « pseudo journaliste de l’Etat profond […] craignant de perdre [ses] privilèges. »

 

Malheureusement, cette stratégie de dénigrement ne s’est pas arrêtée là, puisqu’un autre média, l’hebdomadaire Demokracija, également propriété du SDS, a ensuite publié le même article, visant ce journaliste pour le seul fait d’avoir fait son métier. Les attaques ont cependant atteint leur paroxysme lorsque des internautes anonymes ont menacé M. Zgaga de mort sur les réseaux sociaux. « Il doit littéralement être abattu ! », pouvait-on lire.

 

Après avoir été qualifié d’ennemi d’État par des partisans de votre gouvernement, ce journaliste craint aujourd’hui pour sa vie.

 

Pourtant, M. Zgaga est un auteur à succès doublé d’un journaliste éminemment reconnu, qui a travaillé pour les principaux quotidiens slovènes et dont les articles ont été publiés dans de nombreux journaux de renom tels que The Guardian, The Observer, USA Today, The Globe… Qui plus est, il est aussi membre du prestigieux Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et a reçu plusieurs distinctions journalistiques pour son travail, notamment un prix du New York Press Club pour le journalisme, qui reflète la qualité, le sérieux de son travail, ainsi que son éthique journalistique.

 

Malgré le contexte sensible dans lequel la Slovénie et d’autres pays se trouvent actuellement, les autorités de l’Etat ne devraient pas utiliser le COVID-19 comme un prétexte pour empêcher les journalistes d’exercer leur métier. L’activité journalistique est primordiale pour nos sociétés, d’autant plus en ce moment où la pandémie progresse et où les fausses informations se propagent extrêmement rapidement. Il incombe à votre gouvernement de protéger la liberté de la presse et de permettre aux journalistes de couvrir la situation en toute liberté et indépendance, tout en leur assurant un accès complet à l’information.

 

L’année prochaine, de juillet à décembre, la Slovénie assumera la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne et tous les regards seront tournés vers votre pays avant et pendant cette période. Nous vous demandons donc de veiller au respect des libertés d’expression et d’information, protégées par la Charte des droits fondamentaux de l’UE.

 

Nous vous appelons respectueusement à faire tout ce qui est en votre pouvoir pour garantir la sécurité de M. Zgaga et pour vous assurer que les menaces de mort et les attaques violentes dont il a été victime fassent l’objet d’une enquête approfondie de la part de la police slovène, afin qu’il puisse reprendre son activité journalistique sans craindre pour sa vie.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de ma respectueuse considération.

 

Christophe Deloire, Secrétaire Général de Reporters sans frontières

 

avec les cosignatures de :

 

Free Press Unlimited (FPU)

 

L'Association mondiale des journaux (WAN-IFRA)

 

Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF)

 

Institut international de la presse (IPI)

 

ARTICLE 19

 

Index on Censorship