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28 juillet 2016 - Mis à jour le 2 août 2016

Russie: RSF demande la libération immédiate d’Alexandre Sokolov, emprisonné sans raison depuis un an

Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate et inconditionnelle du journaliste d’investigation russe Alexandre Sokolov. Emprisonné depuis un an jour pour jour ce jeudi 28 juillet 2016, le journaliste a vu hier sa détention provisoire prolongée jusque fin octobre. La faiblesse des accusations d’“extrémisme” portées contre lui suggère qu’il n’est mis en cause que pour ses activités professionnelles.

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Alexandre Sokolov, journaliste d’investigation spécialisé dans les affaires de corruption à grande échelle, est en détention provisoire depuis un an. Le 27 juillet, son incarcération a été prolongée jusque fin octobre. Lors de son arrestation, Alexandre Sokolov travaillait pour le groupe de presse RBC, récemment repris en main par les autorités. Docteur en économie, il avait consacré sa thèse aux conséquences sur l’investissement du détournement de fonds publics par les grandes entreprises russes. Sa dernière enquête, très documentée, traitait de malversations dans le cadre de la construction du cosmodrome Vostochny, un projet fédéral titanesque. Des révélations que la Cour des comptes russe semble corroborer, puisqu’elle a annoncé en décembre 2015 la découverte d’“irrégularités financières” liées à ce projet, pour un montant voisin de celui évalué par le journaliste, près de 93 milliards de roubles (1,27 milliard d’euros).


Au moment de la publication de cette enquête, Alexandre Sokolov a été arrêté, avec deux autres personnes, pour son aide dans la mise en ligne du site “Pour un pouvoir responsable” (IGPR “ZOV”), qui demande la tenue d’un référendum populaire pour modifier la Constitution et rendre les hauts fonctionnaires pénalement responsables de leurs actes politiques. Le site reprend le mandat d’une association créée dans les années 90 et interdite en 2010, ce qui a officiellement justifié l’ouverture de l’affaire par le parquet. Ce dernier a retenu le chef d’inculpation de “création d’une communauté extrémiste”, un crime passible d’une peine de 8 ans de prison. Le dossier se fonde essentiellement sur un vieux tract portant le slogan “Vous avez voté, à vous de juger”, faisant porter l’accusation sur la seule “intention de distribuer des textes extrémistes”, délit uniquement passible d’amende. Le centre de défense des droits de l'homme russe Memorial a qualifié le journaliste et ses camarades de "prisonniers politiques".


“Alexandre Sokolov est victime d’une profonde injustice. Il est difficile d’expliquer sa détention prolongée autrement que par ses enquêtes et sa spécialisation académique sur les sujets les plus sensibles. Nous appelons à sa libération immédiate et inconditionnelle, assortie de l’abandon des charges pesant contre lui”, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF.


Les enquêteurs affirment qu’Alexandre Sokolov “se rendait compte” que le véritable objectif du groupe “Pour un pouvoir responsable” était la “déstabilisation du régime” et non l’organisation du référendum. Ce que le journaliste qualifie de “crimepensée”, au sens orwellien, dans la mesure où “se rendre compte” n’existe pas dans la procédure pénale russe. La demande d’Alexandre Sokolov de passer au détecteur de mensonge a jusqu’à présent toujours été refusée.


Le journaliste a fait saisir l’ombudsman russe et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour contester son emprisonnement arbitraire. Le président Vladimir Poutine a lui-même été interpellé par un journaliste de RBC pendant sa traditionnelle séance de questions-réponses avec les citoyens russes, en décembre, et a promis de se pencher sur le cas. Le jour même, une quatrième personne était emprisonnée dans le cadre de cette même affaire.


La Russie occupe la 148e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF.


Note : Ce texte a été corrigé pour en retirer une référence inexacte au centre "Sova", à qui nous présentons toutes nos excuses.