Actualités

7 mars 2017

RSF répond aux accusations de l'association des journalistes polonais

Christophe Deloire, secrétaire général de RSF et Pauline Adès-Mével à Varsovie le 21 février 2017
Face aux accusations de l'association des journalistes polonais (SDP), Reporters sans frontières (RSF) réitère ses préoccupations au sujet de la liberté de la presse en Pologne telles qu’elle les a exprimées lors d’une conférence de presse à Varsovie le 21 février dernier.

A la suite de cette mission de RSF, la SDP accuse notre organisation de dépeindre la Pologne comme un pays où la liberté d’expression n’a pas sa place et de la stigmatiser au point de réclamer des sanctions au niveau européen.


Il importe de rappeler que dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement conservateur polonais a mis en place une série de réformes très controversées, avec notamment une loi sur les médias publics promulguée en décembre 2015 qui soumettait la télévision et la radio publique au contrôle de l’exécutif et a permis de remplacer les dirigeants de la télévision et des stations de radio séance tenante.


Après avoir pris en main les médias publics, le pouvoir en place s’est attaché à étrangler financièrement plusieurs titres de presse indépendants opposés à ses réformes. Son objectif est désormais de s’attaquer aux médias privés et de “repoloniser” la presse locale.


Autant d’éléments qui nous permettent d’affirmer qu’aujourd’hui en Pologne, la liberté des médias et le pluralisme sont en danger et que l'UE ne peut autoriser l'un de ses membres à piétiner ses valeurs fondamentales.


La SDP accuse RSF de faire deux poids deux mesures et de n’avoir pas dénoncé aussi vigoureusement les licenciements intervenus dans les médias publics au temps où le parti libéral Plate-forme civique (PO) était au pouvoir.


RSF tient à rappeler que contrairement à ce qui s’est passé en 2009, la justice polonaise a en juin 2016 jugé illégal et contraire au droit du travail le licenciement d’un cadre de la radio publique Kamil Dabrowa dans une première décision. D’autres décisions analogues sont d'ailleurs attendues ces prochains mois. RSF continue donc de condamner fermement le fait que des dizaines de journalistes aient été écartés des médias publics par le parti au pouvoir au motif que les moyens audiovisuels publics manifestaient une hostilité systématique vis-à-vis du gouvernement.


Sous prétexte que la concentration des médias est un phénomène qui préoccupe en France aussi parce qu’il fragilise la liberté de l’information, la SDP estime que RSF n’est pas en droit d’émettre des critiques sur les nouvelles « régulations » du marché médiatique qui sont dans les tiroirs du gouvernement et qui font craindre le pire aux médias polonais.


Il importe cependant de rappeler à la SDP que le gouvernement polonais a attaqué de manière répétée la liberté de la presse lors de l'année écoulée.


De fait, pour ne pas voir la Pologne suivre la voie autoritaire de la Hongrie de Viktor Orban, RSF estime de son devoir d’alerter dès maintenant l’opinion publique et les instances européennes sur les risques que le gouvernement fait courir à la démocratie et à la liberté d’information.


RSF assure la promotion et la défense de la liberté d’informer et d’être informé partout dans le monde. L'organisation basée à Paris, compte 5 bureaux à l'international (Rio, Londres, Tunis, Washington DC, Bruxelles) et plus de 150 correspondants répartis sur les cinq continents.