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16 octobre 2018

RSF relaie la mobilisation de la presse bangladaise contre la loi sur la sécurité digitale

Les représentants des rédactions en chef des principaux quotidiens du pays ont affirmé haut et fort tout le mal qu’ils pensent de la loi sur la sécurité numérique (photo : Munir Uz Zaman / AFP).
Un mouvement de protestation sans précédent, réunissant les dirigeants des principaux journaux du pays, a demandé hier que plusieurs articles de la loi sur la sécurité digitale, adoptée récemment, soient immédiatement amendés. Reporters sans frontières (RSF) s’associe aux demandes des médias bangladais.

Le texte fait l’unanimité contre lui. Les rédacteurs en chef de seize quotidiens bangladais, d’horizons très différents, se sont réunis hier, lundi 12 octobre, devant le Club de la presse de Dhaka, pour réaliser une chaîne humaine. Leur but : exiger l’amendement de neuf articles de la loi sur la sécurité numérique promulguée la semaine dernière.


Par la voix du rédacteur en chef du Daily Star, Mahfuz Anam, le “Sampadak Parishad” - ou “Conseil des éditeurs” - a demandé aux parlementaires bangladais de revoir les sections les plus liberticides du texte lors de la prochaine session législative, et de les conditionner à la prépondérance juridique de la loi sur le droit à l’information.


“Nous apportons tout notre soutien aux journalistes du Bangladesh qui se battent contre un texte qui prévoit des dispositions absolument aberrantes quant au respect de la liberté de la presse, affirme Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-pacifique de RSF. Négation du secret des sources, interdiction d’enquêter sur des agents publics, formulations vagues et ambiguës…


“En l’état, la loi sur la sécurité digitale fait peser de très lourdes menaces sur la liberté de la presse, fondement de la démocratie bangladaise. A deux mois des élections législatives, nous appelons les parlementaires du pays à placer la question de son amendement au coeur de la campagne électorale.”


Dispositions ubuesques


Dès la présentation du projet de loi, en janvier dernier, RSF avait alerté les autorités sur les graves carences de ce texte, les enjoignant à en retirer les dispositions les plus liberticides. Le projet de loi prévoyait notamment une peine ubuesque de 14 ans de prison et/ou cinq millions de Taka (50.000 euros) pour toute diffusion de “propagande négative contre le père de la nation” Sheikh Mujibur Rahman - qui, accessoirement, est aussi le père de l’actuelle Première ministre Sheikh Hasina, au pouvoir depuis maintenant dix ans.


La loi sur la sécurité digitale est censée remplacer la controversée section 57 de la loi sur les technologies de l’information et de la communication, dont le pouvoir a usé et abusé pour réprimer les voix qui le dérangent. Dernière victime en date, le célèbre photojournaliste Shahidul Alam, qui croupit en prison depuis le 5 août au prétexte qu’il aurait diffusé sur Facebook une vidéo montrant l’ampleur des manifestations étudiantes du moment, au cours desquelles les journalistes avaient été pris pour cible par des militants pro-gouvernement.


Le Bangladesh occupe la 146ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2018 établi par RSF.