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11 octobre 2016

RSF proteste contre la fermeture du principal quotidien hongrois pressenti pour être vendu à l’un des plus riches oligarques du pays

Manifestation de soutien à Nepszabadsag, à Budapest le 8 octobre 2016 / AFP
Au lendemain de la fermeture du principal quotidien d’opposition hongrois Népszabadság officiellement pour des raisons financières, Reporters sans frontières (RSF) exprime son inquiétude pour la pluralité de la presse dans le pays.

Le 8 octobre 2016, les journalistes de Nepszabadsag -un quotidien de référence fondé il y a 60 ans lors du soulèvement contre le joug soviétique- ont été empêchés d’entrer dans les locaux de leur journal pour préparer l’édition de lundi. Leurs téléphones ont été coupés et l’accès au site internet du quotidien paralysé.

Le journal était pourtant dans les kiosques samedi matin.


La raison officielle qu’invoque le propriétaire du journal pour justifier de la fermeture du plus gros tirage de la presse hongroise se trouve dans les chiffres de vente qui n’ont cessé de chuter depuis son rachat en 2014 par le groupe autrichien Mediaworks.

Mais pour les journalistes, la situation financière du journal est un prétexte. Selon eux, il s’agit plutôt d’une décision politique.

Certains d’entre eux soulignent d’ailleurs que l’annonce de la fermeture du journal survient quelques jours à peine après que le quotidien a évoqué des scandales de corruption impliquant des hommes politiques proches de Viktor Orban. Une enquête devait justement paraître lundi sur le train de vie fastueux du ministre de la Communication.

Des partis d’opposition et plusieurs membres de la rédaction accusent le parti Fidesz du Premier ministre de chercher à bâillonner les médias qui ne soutiennent pas la ligne du gouvernement.


« RSF dénonce une mainmise du pouvoir hongrois sur une partie de la presse du pays que le Premier ministre veut utiliser à son profit” déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau Union européenne-Balkans à RSF.

“La reprise du journal par un oligarque proche du Premier ministre Viktor Orban, si elle se réalise, ne fera que confirmer sa prise de contrôle croissante du paysage médiatique hongrois. Après s’être emparé de l’audiovisuel public, qu’il a transformé en outil de propagande dès son retour au pouvoir en 2010, il convoite désormais les médias privés,

dont certains ont déjà été achetés par des oligarques proches de son gouvernement.”


En recul démocratique constant depuis l’accession au pouvoir du Fidesz, en 2010, la Hongrie est classée 67e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2016. Le pays accuse une chute de 48 places en seulement cinq ans.