Actualités

25 août 2020 - Mis à jour le 26 août 2020

RSF félicite la photojournaliste cachemirie Masrat Zahra, lauréate du prix Peter Mackler 2020

La photojournaliste cachemirie Masrat Zahra s’est aussi vu décerner, en juin, le prix Anja Niedringhaus 2020 du courage en photojournalisme de la Fondation internationale des médias pour les femmes (photo : http://www.roznamasahara.com).
Reporters sans frontières (RSF) félicite la photojournaliste indépendante cachemirie Masrat Zahra, lauréate de l’édition 2020 du prix Peter Mackler qui récompense un journalisme éthique et courageux.

Masrat Zahra, 26 ans, est née et a grandi à Srinagar, la capitale du Cachemire indien, territoire que revendique le Pakistan et où s’affrontent fréquemment forces de sécurité indienne et manifestants. Elle est aujourd’hui l’une des rares femmes à documenter - et c’est selon ses mots un “privilège” et un “devoir” - les graves violations des droits humains qui touchent la population cachemirie, et en particulier les femmes.


Ses clichés, dont plusieurs de ses confrères vantaient récemment le sérieux auprès de RSF, sont régulièrement publiés par The Washington Post, Al-Jazeera, le site d’information indien The Caravan, le tabloïd britannique The Sun, le magazine français So Foot, ou encore le groupe audiovisuel turc TRT. Elle alimente aussi très régulièrement son compte Instagram. Son travail lui a valu d’être, à plusieurs reprises, la cible de campagnes de haine et de harcèlement policier. Dernier incident en date, en avril dernier : pour avoir simplement publié sur Facebook des photos déjà diffusées par le passé, elle a été qualifiée “d’ennemie” du gouvernement et poursuivie en vertu de la loi sur les activités illégales (Unlawful Activities Prevention Act, UAPA) pour avoir “posté des messages qui glorifient des ‘activités anti-nationales’”.


“En récompensant Masrat Zahra, dont RSF avait proposé la candidature, le prix Peter Mackler rend hommage au courage de ceux qui, comme le dit la journaliste elle-même, “risquent leur vie dans les conditions les plus difficiles”, déclare Daniel Bastard, responsable de la zone Asie-Pacifique de RSF. Malgré la répression brutale à laquelle ils font face, les journalistes cachemiris luttent au quotidien pour témoigner des événements qui frappent la vallée. Ce prix prestigieux est, à ce titre, un symbole fort et une reconnaissance méritée de leur travail pour la liberté de la presse au Jammu-et-Cachemire.”


RSF en dressait le triste bilan il y a moins d’un mois, à l’occasion du double anniversaire des restrictions d’accès à Internet et de la suppression de l’autonomie de la région : les violations de la liberté de la presse dans le Cachemire indien se répètent invariablement. Avec la mise en place d’un projet de régulation intitulé “New Media Policy”, les autorités ont asséné en juin le coup de grâce à une situation déjà déplorable. L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.


Après la hondurienne Karla Rivas en 2011, la pakistanaise Asma Shirazi en 2014 et la syrienne Zaina Erhaim en 2015, Masrat Zahra est la douzième lauréate et la quatrième femme à remporter le prix Peter Mackler. Son prix lui sera décerné lors d’une cérémonie en ligne organisée par la Newmark Graduate School of Journalism à New York, le 24 septembre prochain. 


Le prix Peter Mackler a été fondé en 2008, en mémoire de Peter Mackler, journaliste originaire de Brooklyn qui a défendu l'éthique du journalisme et de la liberté d'expression durant ses 35 années d’activité, passées principalement à l’Agence France-Presse (AFP). Ce prix récompense les journalistes qui se battent avec courage et éthique pour rendre compte de l’actualité dans les pays où la liberté de la presse n’est ni garantie ni reconnue. Il est administré par le Global Media Forum, en partenariat avec RSF et l’AFP.