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29 janvier 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

RSF exige la libération immédiate des journalistes arrêtés au Burundi


Le journaliste du Monde Jean-Philippe Rémy et le photographe freelance britannique Phil Moore ont été libérés dans la journée du 29 janvier, vers 16h00. Leur matériel leur a été néanmoins confisqué. Appareil photo, ordinateurs, téléphones ainsi que des lunettes de soleil et une lampe de poche conservés par la police “pour les besoins de l’enquête”. La confiscation des téléphones est particulièrement inquiétante pour les personnes qui ont pu être en contact avec les journalistes et qui pourront être identifiées par les forces de sécurité. Aujourd’hui à Bujumbura, parler à un journaliste occidental peut équivaloir à un arrêt de mort.

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Dix sept personnes ont été arrêtées jeudi soir à Bujumbura, parmi lesquelles Jean-Philippe Rémy, correspondant en Afrique du quotidien français Le Monde, et le photo reporter freelance britannique Philip Moore. Reporters sans frontières (RSF) condamne sans réserve cette atteinte à la liberté d’informer et exige la libération immédiate des deux journalistes.

Le Burundi s’enfonce encore un peu plus dans la répression de l’information. Alors que le pays est en proie à un chaos grandissant et que l’ONU craint un génocide, l’arrestation de deux journalistes est un nouveau coup porté à la liberté de la presse. Jean-Philippe Rémy, correspondant du Monde en Afrique, et Philip Moore, reporter freelance britannique, sont détenus dans un lieu encore inconnu. Reporters sans frontières (RSF) demande au président Nkurunziza et aux autorités burundaises de mettre fin à cette détention au plus vite et de se conformer aux obligations qui leur sont fixées par le droit international.

“Etant donné les fortes tensions que connaît le Burundi, et les craintes exprimées par l’ONU qu’un génocide n’y soit perpétré, le journalisme peut jouer un rôle de pacification essentiel, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. La vérification de l’information est un rempart contre les rumeurs haineuses, nécessaire pour connaître la réalité du pays. La présence de la presse étrangère est d’autant plus cruciale que les journalistes burundais sont largement partis en exil et que ceux qui sont restés sont empêchés de travailler. RSF demande au gouvernement burundais de se conformer à la résolution 2222 sur la protection des journalistes dans les zones de conflit, adoptée le 27 mai dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU.”

Les journalistes étrangers sont dans le viseur du président burundais Nkurunziza et de son gouvernement. Dernière cible en date, la journaliste de Radio France internationale (RFI), Sonia Rolley. Le ministère de la sécurité publique lui avait reproché, dans un communiqué publié le 4 janvier 2015, ses "traditionnels reportages de malédiction" et la publication "de fausses informations incendiaires" et de faux témoignages en concluant par une menace à peine voilée, prédisant que “les services habilités prendront les mesures nécessaires à l’encontre de l’action perturbatrice de cette journaliste".

La plupart des médias indépendants, notamment les radios, ont été contraints de fermer ces derniers mois et de nombreux journalistes, cibles de menaces ou d'attaques, ont dû fuir ou vivent dans la clandestinité. Le Burundi occupait encore la 145ème place au Classement 2015 de la liberté de la presse établi par RSF. Avec la fermeture arbitraire des médias et la persécution des journalistes depuis le début de la crise de 2015, il est peu probable que le pays maintienne cette position dans le Classement 2016.

Photo : Jean-Philippe Rémy et Philip Moore © FACEBOOK / LE MONDE