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23 juin 2021

RSF exhorte les autorités russes et biélorusses à mettre fin à la pratique des aveux forcés à l’encontre des journalistes

Raman Pratassevitch, Stanislav Asseïev, Vladislav Yesipenko
Un mois jour pour jour après sa spectaculaire arrestation, et alors que le journaliste biélorusse, Raman Pratassevitch, a été contraint par trois fois d’“avouer” publiquement sa culpabilité, Reporters sans frontières (RSF) dénonce le retour des aveux forcés en Europe de l’Est et exhorte les autorités à mettre fin immédiatement à cette pratique.

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En larmes, les poignets blessés par ses menottes, le visage émacié, Raman Pratassevitch,  “avoue” face caméra sur la chaîne publique biélorusse ONT - une dizaine de jours après son arrestation spectaculaire - qu’il est coupable de troubles à l’ordre public et affirme qu’il voue un “respect inconditionnel” au président Alexandre Loukachenko. Quelques semaines plus tard, l’ancien rédacteur en chef de la chaîne Telegram NEXTA réitère l’exercice lors d’une conférence de presse organisée par le ministère des Affaires étrangères, aux côtés d’un militaire haut gradé de l’armée de l’air, du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, et de deux membres du gouvernement. Devant ses confrères, il affirme “ne pas être maltraité en prison” et avoue avoir “causé du tort” à l’Etat biélorusse. Devant cette mise en scène grotesque, des journalistes quittent la salle en signe de protestation et de soutien au jeune journaliste de vingt-six ans, incarcéré depuis un mois jour pour jour.


Ces confessions ne sont pas un cas isolé. Quand le journaliste ukrainien Stanislav Asseïev visionne les aveux forcés de Raman Pratassevitch, il a “l’impression de regarder dans un miroir”. Les larmes du biélorusse à la fin de l’entretien ? “Peut-être la seule chose sincère dans cette interview.” Collaborateur pour la presse ukrainienne et Radio Svoboda, le service local du média américain Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), Stanislav Asseïev est l’un des rares journalistes indépendants à être restés dans la ville de Donetsk après la prise de pouvoir des séparatistes soutenus par Moscou. En 2018, après un an de détention par les forces séparatistes, il “affirme sur la chaîne de télévision d’Etat russe Rossiya24 être un espion travaillant pour les services secrets ukrainiens.


Même refrain pour Vladislav Yesipenko, le correspondant de Krym.Realii, le service local de RFE/RL en Crimée. Arrêté et torturé pendant dix jours en mars 2021, il “avoue” à l’antenne de la chaîne locale russe Krym24 être un espion qui coopère avec les services secrets ukrainiens et fabrique illégalement des armes. Tout comme Stanislav Asseïev et Raman Pratassevitch, les reportages et enquêtes journalistiques de Vladislav Yesipenko gênaient les autorités.


“Humiliante, la pratique des aveux forcés rappelle les heures les plus sombres de l’époque soviétique. En plus de porter atteinte à l’éthique journalistique, ces mises en scène absurdes violent l’article 14 sur les procès équitables du pacte international des droits civils et politiques, dont sont signataires le Bélarus et la Russie, affirme la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Nous exhortons Moscou et Minsk à respecter les normes juridiques internationales pour lesquelles elles se sont engagées en mettant immédiatement fin à cette pratique. Assimiler les journalistes à des “espions” met en danger leur travail et leur vie. Nous demandons la libération immédiate de Raman Pratassevitch et de Vladislav Yesipenko.”


Le schéma des aveux forcés est toujours le même : aucune information concrète n’est fournie sur les conditions de détention des journalistes, ou sur des éléments concrets de leur dossier d’accusation. Les journalistes ne semblent pas être en mesure de s’exprimer librement, et présentent des signes de fatigue psychologique et physique. La mise en scène se déroule toujours sur les chaînes de télévision d’Etat ou bien aux côtés d’officiels. Ce phénomène inquiétant participe à la dégradation de la liberté de la presse pour les pays concernés.


Le Bélarus occupe la 158e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2021 établi par RSF, la Russie  la 150e place et l’Ukraine la 97e place.