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19 mai 2017

RSF et 21 médias et organisations demandent la libération immédiate de Mathias Depardon

Reporters sans frontières (RSF), deux autres organisations de défense de la liberté de la presse et 19 rédactions avec lesquelles collaborait Mathias Depardon demandent à Ankara la libération immédiate du photographe français incarcéré depuis onze jours en Turquie.

Voilà onze jours que le photographe français Mathias Depardon est arbitrairement détenu en Turquie. RSF, deux autres organisations de défense de la liberté de la presse et 19 médias écrivent ce 18 mai au ministre de l’Intérieur turc Süleyman Soylu, pour lui demander la libération immédiate du journaliste âgé de 37 ans.


Lire la lettre ci-dessous ou en PDF


Basé en Turquie depuis cinq ans, Mathias Depardon a été arrêté le 8 mai au cours d’un reportage dans le sud-est du pays pour le magazine National Geographic. Malgré un ordre d’expulsion prononcé le 11 mai, il se trouve toujours en détention à Gaziantep, non loin de la frontière syrienne.


“Les autorités n’avaient aucune raison d’arrêter Mathias Depardon. Le prolongement de sa détention, alors qu’il devait être expulsé il y a une semaine, est d’autant plus incompréhensible et inacceptable, souligne Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous demandons instamment aux autorités turques de mettre sans délai un terme à ce calvaire.”


Cette arrestation n’est pas isolée. Plusieurs dizaines de journalistes étrangers ont été expulsés de Turquie depuis la reprise des affrontements entre l’armée turque et le PKK dans le sud-est du pays, en juillet 2015. En novembre 2016, le journaliste du site Les Jours, Olivier Bertrand, avait été arrêté au cours d’un reportage dans la province de Gaziantep et expulsé vers la France. En avril 2017, c’était au tour de son confrère italien, Gabriele Del Grande, de se faire interpeller dans la province d’Antioche, non loin de la frontière syrienne. Il avait été expulsé après trois semaines de détention.


Le pays occupe la 155e place sur 180 au Classement 2017 de la liberté de la presse, établi par RSF.



M. Süleyman Soylu

Ministre de l’Intérieur

Çamlıca Mahallesi 122. Sokak No:4

Yenimahalle, Ankara

Turquie


Cc : Direction des affaires migratoires, Bureau des Étrangers


19 mai 2017


Monsieur le Ministre,


Les médias et organisations soussignés vous demandent de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour assurer la libération immédiate et inconditionnelle du photographe français Mathias Depardon, détenu depuis 10 jours dans le sud-est de la Turquie.


Mathias Depardon a été arrêté le 8 mai à Hasankeyf, dans la province de Batman, au cours d’un reportage sur le Tigre et l’Euphrate pour le magazine National Geographic. Il a été transféré le lendemain vers un centre géré par la Direction des Affaires migratoires à Gaziantep, où il se trouve depuis lors. Il y a maintenant une semaine, le 11 mai, la direction a ordonné son expulsion. Pourtant, le journaliste est encore en détention à ce jour.


Cette situation est une expérience très difficile pour Mathias Depardon et sa famille. Il ne peut communiquer avec l’extérieur que par l’intermédiaire de son avocat. Le journaliste est laissé sans explications quant aux raisons du prolongement de sa détention. Cette absence d’informations nous inquiète de plus en plus et nous vous demandons respectueusement d’autoriser les diplomates français à venir lui rendre visite.


Âgé de 37 ans, Mathias Depardon est basé en Turquie depuis cinq ans. Il est en train de faire renouveler sa carte de presse. Les médias soussignés ont tous travaillé avec lui durant ces dernières années et tous le décrivent comme un journaliste extrêmement professionnel et respectueux de la loi.


Comme l’a confirmé National Geographic, Mathias Depardon se trouvait à Hasankeyf dans le cadre de son travail journalistique. Nous comprenons les inquiétudes d’ordre sécuritaire légitimes dans cette zone et respectons le devoir des autorités de protéger les citoyens turcs. Mais rien ne nécessite la détention ou l’expulsion de Mathias Depardon. Nous considérons qu’il devrait pouvoir être autorisé à continuer son travail en Turquie.


En vous remerciant par avance pour l’attention que vous porterez à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le ministre, l’expression de nos respectueuses salutations.


  • Reporters sans frontières (RSF)
  • Association des Journalistes Professionnels (AJP, Belgique)
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  • L'Express
  • Fédération Européenne des Journalistes (EFJ)
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