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11 décembre 2017 - Mis à jour le 12 décembre 2017

RSF en Afghanistan pour sensibiliser à la protection des journalistes

L’intensification des attaques armées des Talibans et du groupe l’État islamique en Afghanistan et la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays a conduit Reporters sans frontières (RSF) à réaliser une mission de formation et de plaidoyer du 11 au 22 novembre 2017. L’objectif : améliorer la sécurité des journalistes afghans et notamment des femmes journalistes.

Pour la première fois, RSF a organisé des formations dans les villes de Mazar-e Sharif (province de Balkh, au nord du pays) Herat (province d’Herat, ouest) Charikar (province de Parwan, centre). Autre nouveauté : à Kaboul, dans la capitale afghane, RSF a encadré à la demande du Centre pour la protection des journalistes afghanes (CPAWJ) une formation spécifique pour les femmes reporters dans les zones de conflits. En tout, ce sont 65 journalistes (dont 26 femmes) de 60 médias indépendants d’Afghanistan qui ont pu bénéficier de ces formations construites autour de la nouvelle édition (traduite en persan et en pachtoune) du Guide pratique de sécurité des journalistes, publié par RSF en partenariat avec l’Unesco. Les journalistes des provinces voisines notamment en Kapisa, dans le Panjshir, ou Kounouz, Farah, Samangan, Jawzjan, Ghor et Badghes ont également été invités à participer à ces formations.


À cette occasion RSF a pu rencontrer les journalistes qui subissent, en plus des menaces des groupes armés non étatiques, les pressions des hommes politiques locaux, notamment des gouverneurs de province. «L’autocensure est la règle pour survivre» confirme un des journalistes de Balkh, qui souhaite conserver l’anonymat. «On peut parler de beaucoup de choses mais pas de corruption. Par exemple, il est interdit d’évoquer les confiscations de terres et des biens de l’Etat par les gouverneurs, leurs proches ou leurs alliés. Et ici, “interdit” veut dire danger de mort !»

Les gouverneurs des provinces de Balkh et d’Herat n’ont pas donné suite aux demandes de rendez-vous de la délégation de RSF qui souhaitait aborder avec eux la question de la sécurité des journalistes.




De moins en moins de femmes journalistes

Le 20 novembre 2017, RSF et son partenaire local - le Centre pour la protection des journalistes afghanes (CPAWJ), ont organisé une conférence de presse sur la situation des femmes journalistes en Afghanistan. À cette occasion, le CPAWJ a présenté les résultats d’une étude sur les journalistes afghanes, menée dans 22 provinces auprès de 74 grands médias nationaux et locaux (29 chaînes de télévision, 35 radios, 4 agences de presse et 6 journaux) ainsi que de quatre organisations de défense de liberté d'information et des journalistes. Au total, 1 037 femmes travaillent dans l’ensemble de ces médias et parmi elles, 474 sont des journalistes professionnelles. L’étude confirme par ailleurs que la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays a un impact direct sur la présence des femmes journalistes dans les médias.


Lors de la conférence de presse, l’enjeu de la sécurité et l’importance de la présence des femmes journalistes dans les médias ont été au coeur des discours d’ouverture de la présidente de la commission indépendante des droits de l'homme, Sima Samar et du ministre par intérim de l'Information et la Culture, Mohammad Rassoul Bavari. La directrice du CPWAJ, Farida Nekzad et le responsable du bureau Iran/Afghanistan de Reporters sans frontières, Reza Moini, ont pour leur part insisté sur le risque de voir les femmes disparaître du secteur des médias. Pour endiguer ce phénomène, ils ont recommandé au gouvernement et au parlement davantage de protection pour les femmes journalistes, particulièrement dans les provinces éloignées. Le CPWAJ et RSF préconisent également de réformer la loi interdisant les violences contre les femmes pour mieux les protéger contre le harcèlement moral et sexuel sur leurs lieux de travail, et de rédiger une charte pour la protection des femmes journalistes dans les rédactions.



L’insécurité, le principal ennemi des femmes journalistes

Nombre d’entre elles ont été contraintes d’abandonner leur travail en raison des menaces croissantes et du climat d’insécurité qui pèse sur ces femmes. Six collaboratrices des médias ont d’ailleurs été tuées en 2016 et 2017.

La situation des femmes journalistes dans les provinces de Kunduz et de Nangarhar, théâtre depuis deux ans de violents affrontements entre les Talibans, Daesh et les forces armées afghanes est révélatrice. En 2016, la région de Kunduz comptait au moins une centaine de femmes journalistes et de collaboratrices de média. Depuis les attaques des Talibans, ce chiffre s’est considérablement réduit. La même situation a été constatée dans la province de Nangarhar, “Auparavant 40 femmes journalistes travaillaient dans la région, aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une poignée et elles travaillent uniquement dans les bureaux . Au-delà de la guerre, de l’insécurité, des Talibans et Daesh, les hommes politique locaux, les mafieux sont aussi responsables de cette situation” explique le journaliste local Rahmatullah Ziarmal.

L'enquête menée par le CPAWJ met par ailleurs en évidence le lien entre le nombre d’articles sur les femmes et le nombre de femmes journalistes travaillant au sein des rédactions. Moins elles sont nombreuses, moins les informations les concernant directement figurent dans les journaux.


Les efforts du gouvernement en faveur de la sécurité des journalistes

Face aux menaces, les autorités afghanes et des représentants de la presse ont lancé conjointement des comités de coordination pour la sécurité des journalistes et médias. Cette initiative est une réelle réussite et pourrait être un exemple pour nombre de pays dans le monde.

Composés de hauts responsables du gouvernement et de la justice, ainsi que de représentants des fédérations de journalistes et des médias, ce comité, créé en septembre 2016, qui est sous la direction de Sarwar Danesh, vice-président de la République, a déjà un bilan positif sur la diminution des menaces contre la presse et dans la lutte contre l’impunité. Des sous-comités ont également été créés pour vérifier et suivre les exactions et les menaces contre les journalistes et les médias, comme la direction générale d'analyse et de lutte contre les crimes.


Depuis un an, cet organe a résolu avec succès une dizaine de dossiers concernant des menaces contre des journalistes ou des médias. Dans plusieurs de ces cas, de hauts responsables gouvernementaux ou militaires ont été sollicités pour s'excuser auprès des médias ou journalistes ou même sanctionnés par leur hiérarchie. En cas de désaccord, le comité transfère le dossier au parquet qui peut lancer des poursuites”, explique Hujatollah Mujadadi, l'un des représentants de la fédération des journalistes et des médias afghans présent dans le comité.


Quant aux comités locaux, qui impliquent également les forces de l’ordre, dont le National Directorate of Security (NDS), ils se réunissent dans différentes provinces une fois par mois, afin de trouver des issues face aux problématiques sécuritaires auxquelles sont confrontés certains journalistes.


Le 22 novembre 2017, RSF a été reçu par Sarwar Danesh, le vice-président de la République. Lors de cette rencontre, RSF a salué les efforts du comité en insistant sur la nécessité de protéger davantage les femmes journalistes. Le vice-président a renouvelé son engagement de soutenir les initiatives de RSF pour la protection des journalistes.


L’Afghanistan est 120e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par Reporters sans frontières

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