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3 février 2020

RSF dénonce une série de licenciements injustifiés au sein du groupe audiovisuel polonais

DR
A la mi-janvier, deux nouveaux journalistes expérimentés ont été évincés de l’audiovisuel public polonais. Tout au long de l’année 2019, les pressions contre les journalistes indépendants se sont renforcées, pour atteindre leur paroxysme au moment de la restructuration interne de la radio polonaise. Reporters sans frontières (RSF) rappelle son inquiétude face au fonctionnement et à la gestion des ressources humaines des médias publics polonais.

En ce début d’année 2020, les choses ne s’améliorent pas dans l'audiovisuel public polonais. Le journaliste Dariusz Rosiak, qui travaille pour la radio polonaise depuis 2006, a appris le 17 janvier que son contrat n’était pas prolongé : “J’ai demandé la raison, a-t-il déclaré à RSF, la radio n’a pas voulu m’en donner”. L’association des journalistes polonais SDP a aussitôt réagi et demandé qu’il soit réembauché.

 

De son côté, la chaîne de télévision publique TVP Kultura a décidé de mettre fin au contrat de travail d’un autre journaliste très expérimenté,  Wojciech Majcherek, rédacteur en chef, pour raisons disciplinaires et sans fournir plus de précisions. A ce jour, cinquante neuf personnalités issues du monde de la culture ont signé une lettre adressée au président de la télévision polonaise Jacek Kurski, pour soutenir Wojciech Majcherek qui a annoncé qu'il allait intenter une action en justice.

 

Même si l’indépendance des médias en Pologne est inscrite dans la loi, elle demeure en réalité toute relative, rappelle Pauline Adès-Mével rédactrice-en-chef de RSF. Licencier des journalistes expérimentés, dont le professionnalisme n’a jamais été contesté, est une entrave aux règles d’une société démocratique, et une menace pour la liberté de la presse.  La politique de l’emploi doit être fondée sur le mérite et la transparence, et non sur les affinités avec les dirigeants du parti.”

 

Ces départs s'inscrivent dans un contexte général de pressions croissantes exercées sur les journalistes de l’audiovisuel public polonais. En juin 2019, la journaliste Grażyna Bochenek, a été licenciée quelques jours après avoir porté plainte contre le président de Radio Rzeszów pour harcèlement, discrimination et violation de ses droits. Un mois plus tard, une restructuration interne de la radio publique visant selon  la porte parole de la radio “à en améliorer le fonctionnement”, a entraîné la suppression des trois principaux services d'information (International, Economie et Sports), au profit d’une nouvelle organisation permettant aux dirigeants de chaque station du groupe d’exercer un contrôle plus étroit sur la production des sujets au quotidien et sur la mission des rédacteurs-en-chef.

 

Fin juillet 2019, Adam Bodnar, le médiateur des droits civiques polonais avait tiré la sonnette d’alarme, et dénoncé une volonté -sous couvert de restructuration- de licencier plusieurs journalistes notamment Ernest Zozuń, Sylwia Zadrożna et Agata Kasprolewicz. Agata Kasprolewicz, qui travaillait au service International, n’avait pas reçu de nouvelle affectation après la suppression de son service. 77 de ses confrères avaient écrit une lettre ouverte au président de la radio pour demander à ce qu'elle soit réaffectée sur un poste. Début 2020, le médiateur a enfin reçu une réponse de la direction, expliquant que le directeur des programmes était en droit de choisir les journalistes composant sa rédaction. Les deux autres journalistes ont retrouvé un poste. Ernest Zozun, ancien rédacteur en chef du service International, avait par ailleurs passé trois mois au service des archives, privé de toute influence sur le contenu éditorial des émissions.

 

Cette tactique se répète : deux autres journalistes, Małgorzata Spór et Anna Zaleśna, avaient subi le même sort en 2016. En signe de soutien, leurs collègues avaient publié sur les réseaux sociaux des photos de leur visage avec la main sur la bouche, symbole de la censure dont elles sont victimes, avec la mention #kogonieslychac.

 

Plus généralement, depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 du parti conservateur PiS, la Pologne connaît une grave crise de la liberté de la presse. Une loi adoptée en décembre de la même année, malgré les protestations de nombreuses organisations internationales dont RSF, a permis aux dirigeants conservateurs de s’assurer une mainmise sur les médias publics, ce qui a contribué à les museler et à les transformer en outils de propagande gouvernementale. Depuis, les cadres de la radiotélévision publique sont soumis au bon vouloir du gouvernement.

 

Cette politique nuit à la qualité des programmes de la radio publique polonaise, dans un pays qui ne cesse de dégringoler dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF pour se situer aujourd’hui à la 59ème place.