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18 février 2021 - Mis à jour le 19 février 2021

RSF dénonce “la volonté d’annihiler tout journalisme indépendant” au Belarus après la condamnation de deux journalistes à deux ans de prison

Crédit : STRINGER / AFP
Accusées d’avoir organisé un rassemblement qu’elles avaient simplement filmé, Daria Tchoultsova et Katsiarina Andreyeva ont écopé de deux ans de prison ferme. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un simulacre de procès et un inquiétant durcissement de la répression.

En six mois de contestation et de répression, une centaine de peines de prison administratives, d’un mois au plus, avaient déjà été prononcées contre des professionnels des médias. Mais jamais encore les journalistes n’avaient été condamnés sur la base de poursuites pénales. Le pouvoir du président Loukachenko vient de franchir un nouveau cap, en condamnant ce jeudi 18 février, deux reporters de la chaîne indépendante Belsat, basée en Pologne, Daria Tchoultsova et Katsiarina Andreyeva (Bakhvalova de son vrai nom) à deux ans de colonie pénitentiaire pour “organisation et préparation d'actions violant gravement l’ordre public”. 


Les deux journalistes sont accusées d’avoir retransmis en direct une manifestation non autorisée, “à l’aide de téléphones portables, de caméras, d’un trépied et de vestes Presse”. Elles avaient été arrêtées par dix policiers, le 15 novembre, dans un appartement d’où elles filmaient un rassemblement rendant hommage au militant d’opposition Raman Bandarenka, sur la place dite “des changements”, à Minsk. L’activiste est décédé dans des circonstances inexpliquées après son arrestation, le 12 novembre dernier. Après une première condamnation administrative à sept jours de prison pour “participation” à cette manifestation, la police avait perquisitionné les appartements des deux reporters et de leurs proches, puis ouvert une enquête pénale.


Ce verdict prononcé au terme d’un simulacre de procès confirme la criminalisation du travail des reporters et la volonté d’annihiler tout journalisme indépendant dans le pays, affirme la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. L’organisation rappelle aux autorités leurs engagements internationaux, notamment l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et leur enjoint d’abandonner toutes les charges pesant contre ces journalistes, à libérer immédiatement tous ceux encore en prison et à cesser les persécutions.


Au moins sept autres reporters sont toujours emprisonnés, dans l’attente de leur procès dans des affaires pénales montées de toute pièce. Celui qui s’ouvre le 19 février pourrait coûter trois ans de prison à la journaliste du média en ligne Tut.by, Katsiarina Barysevitch. La reporter chevronnée, qui a enquêté sur le décès de Raman Bandarenka, est inculpée pour “divulgation de secrets médicaux”. 


Dirigé par Alexandre Loukachenko depuis 1994, le Bélarus occupe la 153e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.