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17 mai 2019 - Mis à jour le 23 août 2019

RSF dénonce la plainte du Premier ministre singapourien contre un blogueur

A gauche, le blogueur Leong Sze Hian et à droite, le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong (photo: Facebook; Lillian SUWANRUMPHA / AFP)
Le blogueur Leong Sze Hian est poursuivi pour diffamation par le Premier Ministre singapourien pour le partage d’un article sur les réseaux sociaux jugé “diffamatoire”. RSF appelle le Premier ministre à mettre un terme à cette affaire et abandonner sa plainte.

David contre Goliath… Il y a 6 mois, le 19 novembre 2018, le blogueur Leong Sze Hian recevait à son domicile une assignation à comparaître devant un tribunal singapourien. A l’origine de cette sommation : une plainte pour diffamation, déposée une semaine plus tôt, par le Premier ministre de la Cité-Etat lui-même, Lee Hsien Loong. Leong Sze Hian aurait commis l’impair de partager sur sa page Facebook le 6 novembre un article du site malaisien TheCoverage.my relatant l’implication présumée du chef de l’exécutif de Singapour dans le scandale de blanchiment d’argent 1MDB, qui a contribué à la chute de l’ancien Premier ministre de Malaisie Najib Razak.


Après que le blogueur a retiré le post sur ordre du ministère de l’Information, il s’est malgré tout vu notifier de la plainte déposée par le Premier ministre dont les avocats dénoncent, dans un courrier, des “allégations [...] qui dénigrent la réputation et l’intégrité” de leur client. Leong Sze Hian risque jusqu’à deux ans de prison.


“Nous appelons le Premier ministre Lee Hsien Loong a retirer immédiatement cette plainte absolument ubuesque, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. C’est un nouvel exemple des insidieuses méthodes d’intimidations utilisées par les autorités de Singapour pour faire taire les rares voix qui osent encore s’élever dans la Cité-Etat. RSF salue le courage de Leong Sze Hian et lui apporte tout son soutien."


Quelle que soit l’issue de la procédure en cours, le juge en charge du dossier a ordonné au blogueur de payer tous les frais légaux de l’affaire, qui s’élèvent à 21.000 dollars singapouriens. Une campagne de levée de fonds a été lancée pour soutenir la longue bataille juridique qui attend Leong Sze Hian. Celui-ci a fait appel de la décision du juge devant la Cour suprême, qui a décidé de ne pas se prononcer avant septembre prochain.


Signe du harcèlement dont sont victimes les journalistes singapouriens, ce même 19 novembre marque également le jour de la confiscation du matériel de Terry Xu, rédacteur en chef du média indépendant TheOnlineCitizen, par les autorités singapouriennes suite à un article d’opinion posté par un blogueur sur le site. Tous deux seront par la suite accusés de diffamation criminelle.


Les voix indépendantes de la Cité-Etat craignent que l’étau se resserre : le 1er avril, le gouvernement singapourien a présenté devant le Parlement un projet de loi contre les mensonges et les manipulations en ligne présentant des peines disproportionnées, offrant un pouvoir d’interprétation quasi-absolu aux membres du gouvernement et qui représenterait une entrave considérable à la liberté de l’information dans la Cité-Etat et au-delà.


Singapour se classe à la 151ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de 2019 établi par RSF.