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16 mars 2016 - Mis à jour le 21 mars 2016

RSF demande une enquête approfondie à la suite de l’explosion d’une bombe au domicile d’un journaliste


Le récente explosion d’une bombe au domicile de Min Min, rédacteur en chef de la Root Investigative Agency (RIA), dans la province agitée de l’Arakan (ouest du pays) constitue un acte de violence inédit contre un professionnel des médias birmans. Reporters sans frontières demande aux autorités birmanes de mettre tout en œuvre pour arrêter et traduire en justice les auteurs et les commanditaires de l’attaque.

« Nous sommes très inquiets de ce ‘pas’ qui vient d’être franchi par les ennemis de la presse libre, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Nous prenons note des premières mesures prises par les forces de sécurité birmanes et les encourageons à redoubler d’effort afin d’identifier et d’appréhender les auteurs et les commanditaires de cette attaque. Un message fort doit être envoyé à ceux qui s’en prennent aux acteurs de l’information afin d’empêcher de s’installer l’impunité, un climat d’insécurité et l’autocensure qui en découle. »

Depuis sa création, le 31 août 2015, le média, basé à Sittwe, capitale de l’Arakan, fait régulièrement l’objet de menaces, notamment sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, des internautes ont averti les journalistes de RIA que leur « temps était compté ». Un message, publié après l’explosion de la bombe, indique que « ça n’était qu’un avertissement, d’autres attaques surviendront.» Dans des groupes de discussion de Viber puis sur Facebook, les têtes des deux principaux journalistes de l’agence ont été mises à prix pour « 20 lakhs » (environ 27 000 euros).

C’est aux alentours de 23h20, le 10 mars dernier, que l’engin explosif s’est déclenché dans le jardin du domicile du journaliste, ne provoquant par chance que des dégâts matériels. Les forces de police ont par la suite protégé le domicile du journaliste jusqu’au lendemain. D’après les autorités locales, l’armée de l’Arakan (AA), une force militaire rebelle prônant l'autodétermination de la population de l’Arakan, pourrait être derrière cet attentat, même si cette dernière n’a émis aucune revendication. La rédaction du journal estime que ses reportages et ses enquêtes sont à l’origine de l’attaque.

Depuis juin 2012, date d’échauffourées entre boudhistes locaux et musulmans dans la province, de nombreux journalistes birmans et étrangers ont été intimidés, voire empêchés de couvrir la situation en toute indépendance. En juin 2013, après avoir discuté des problématiques liées au manque d’information sur les violences, le Parlement européen s’était prononcé en faveur de l’ouverture aux journalistes des zones sensibles de Birmanie, parmi lesquelles l’Etat de l’Arakan, d’où sont majoritairement originaires les Rohingyas.

Lire le rapport: “La crise dans l’Etat d’Arakan et les nouvelles menaces sur la liberté d’information”, publié par Reporters sans frontières en juin 2012.

La Birmanie occupe le 144e rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.