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14 mars 2016 - Mis à jour le 21 mars 2016

RSF demande l’arrêt des pressions contre The Online Citizen


Reporters sans frontières (RSF) appelle le gouvernement de Singapour à cesser d’intimider le site d’information The Online Citizen, pris pour cible par le ministre de l’Interieur après sa couverture du suicide de l’adolescent Benjamin Lim, en janvier dernier. L’organisation s’inquiète des procédures à l’encontre du média qui pourraient entraîner sa fermeture définitive.

Le 26 janvier 2016, Benjamin Lim Jun Hui, adolescent singapourien de 14 ans, s’est suicidé Le garçon, suspecté d’avoir agressé sexuellement une élève de 11 ans, avait été interrogé par la police la veille de sa mort. L’affaire a été amplement reprise par le média collaboratif indépendant The Online Citizen (TOC), qui a publié près d’un article par jour depuis le drame. Le média s’est notamment intéressé au processus qui a mené cinq agents à interpeller l’adolescent et à recueillir son témoignage en l’absence de son tuteur et à refuser que sa mère puisse le voir pendant l’enquête. TOC a tenté à multiples reprises, mais en vain, d’obtenir des réponses de la part des services de police et du Ministre de l’Interieur, M. K Shanmugam. Le 1er mars dernier, le ministre de l’Intérieur (également ministre de la Justice), a accusé lors d’un discours au Parlement The Online Citizen de s’adonner à « une campagne planifiée et orchestrée sur la base de mensonges » dans le but de « suggérer que la police avait menti aux Singapouriens ».

« Nous condamnons fermement les accusations sans fondement proférées par le ministre de l’Intérieur devant les parlementaires singapouriens, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Comment peut on parler de campagne planifiée alors que ce site d’information collaboratif, et à ce titre reflétant les opinions diverses et spontanées des citoyens, ne cherche qu’à faire la lumière sur cette affaire ? Si les services contactés par le média avaient répondu à ses questions, The Online Citizen aurait pu rendre compte de leur vision. Nous mettons en garde les autorités contre toute velléité d’action en justice contre le site.»

Le 29 février dernier, le père de Benjamin Lim a remercié la plateforme d’information
pour sa couverture continue de l’affaire, affirmant que “sans les réseaux sociaux, en particulier TOC, l’affaire aurait été enterrée il y a longtemps”. Cette marque de soutien intervient alors que The Online Citizen fait l’objet de plusieurs procédures visant à le dissuader de maintenir son ton critique vis à vis des autorités. Après la publication, en janvier 2015, d’un article dans lequel un inventeur mettait en cause le ministère de la Défense pour violation de brevet, le site a été visé par le Protection from Harassment Act, dans le but de faire retirer l’article. En décembre dernier, une Cour de Singapour a rejeté la validité du recours à cette loi par une institution gouvernementale. Le ministère de la Défense a depuis fait appel de la décision. Parallèlement, le 4 mars dernier, l’autorité de régulation des médias (Media Development Authority, MDA) a ordonné à Opinion Collaborative Ltd (TOCL), organisation sous l'égide de laquelle TOC opérait en 2015, de reverser ses revenus publicitaires en provenance d’une société étrangère, Monsoons Book Club qui, en avril 2015, avait apporté 5000 dollars (environ 3200 euros) à TOCL. Selon l’autorité des médias, TOCL ne serait habilité à recevoir des sommes d’argent qu’en provenance d’annonceurs ayant un but commercial, alors que Monsoons Book Club est une organisation à but non-lucratif.

The Online Citizen est l’un des derniers refuges pour l’information citoyenne libre dans un pays où règne l’autocensure.

Singapour occupe le 153e rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2015.