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23 juin 2017

RSF demande l’arrêt des poursuites contre les médias et les journalistes kirghizes

Crédit: EMMANUEL DUNAND / AFP
A la veille du prochain dialogue entre l’Union européenne et le Kirghizistan sur les droits de l’homme qui se tiendra à Bruxelles le 27 juin, Reporters sans frontières (RSF) appelle les représentants européens à demander plus de garanties pour la protection des médias au Kirghizistan, victimes d’attaques répétées ces derniers mois.

Poursuites pénales contre des médias critiques pour “insulte à l’honneur et à la dignité du président”, blocage du site de l’agence d’information indépendante Ferghana, arrestations de journalistes et attaques verbales du président Almazbek Atambaïev contre la presse... Depuis le début de l’année, les incidents se sont multipliés au Kirghizistan alors que le pluralisme du paysage médiatique du pays continuait jusqu’alors à faire office d’exception en Asie centrale.


La prochaine élection présidentielle d'octobre 2017 devrait représenter une opportunité pour une démocratie comme le Kirghizistan de nourrir un climat de débat et d’échange d’idées critiques. Au lieu de cela, les autorités kirghizes semblent vouloir chercher à imiter leurs voisins en leur emprunter des pratiques répressives, déclare Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF. Il est primordial que l’Union européenne utilise le prochain dialogue avec le Kirghizistan sur les droits de l’homme comme plateforme pour appeler les autorités de Bichkek à mettre un terme aux attaques contre les médias critiques.”


Entre mars et avril, sept plaintes ont ainsi été déposées par le procureur général contre deux sites indépendants pour “insulte à l’honneur et à la dignité du président”. Les deux premières plaintes visent Azattyk, la filiale kirghize de Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL). Elles font suite à la publication de deux articles rapportant des propos de l’opposant politique Omurbek Tekebaev accusant entre autres Atambaïev d’avoir des comptes bancaires à Chypre.


Les cinq autres plaintes, qui se fondent sur d’autres articles critiques, concernent le site d’information en ligne Zanoza et ses co-fondateurs, la rédactrice en chef Dina Maslova et le journaliste Naryn Aiyp. Au total, près de 50 millions de soms kirghizes (650 000 euros) de dommages et intérêts sont réclamés par le procureur général. L’accès aux articles incriminés a été bloqué et en mars dernier, une Cour de la capitale de Bichkek a ordonné le gel des comptes bancaires d’Azattyk et de Zanoza.


Si les poursuites contre Azattyk ont été annulées à la suite de la rencontre du chef exécutif de RFE/RL Thomas Kent avec le président Atambaïev en mai dernier, les plaintes n’ont pas été retirées contre Zanoza. La Cour constitutionnelle kirghize doit néanmoins encore statuer sur la constitutionnalité des plaintes déposées par le procureur général avant qu’un verdict ne puisse être prononcé dans ces affaires.


Les tentatives de musellement d’autres médias indépendants ont continué en juin. Au début du mois, c’est le site de l’agence Ferghana, source d’information de référence sur l’actualité en Asie centrale, qui a été bloqué dans le pays sur décision d’un tribunal de Bichkek. Une enquête pénale visant son correspondant au Kirghizistan, Ulugbek Babakulov, a également été ouverte pour “incitation à la haine inter-ethnique”. Cela fait suite à la publication d’un article, le 23 mai, dans lequel le journaliste dénonçait les messages de haine à l’encontre de la minorité ouzbèke, circulant sur les réseaux sociaux.


Les relations interethniques étant un sujet largement taboues au Kirghizistan, le journaliste a fait l’objet de menaces de mort et d’une campagne de dénigrement dans les médias publics. Il a ainsi été désigné dans un reportage diffusé sur la chaîne publique OTRK comme “ennemi” du pays et plusieurs députés ont demandé à ce qu’il soit déchu de sa nationalité. Il a depuis été contraint de fuir le pays.


D’après Daniil Kislov, rédacteur en chef de Ferghana, cette “purge” du paysage médiatique vise à assurer l’immunité d’Atambaïev après la fin de son mandat. Elle cible en priorité des médias indépendants ayant couvert des cas de corruption impliquant le président sortant.


En mars dernier, Atambaïev n’hésitait pas à accuser sur le site officiel de la présidence “un petit groupe de journalistes indépendants, de médias et d’hommes politiques” de chercher à déstabiliser la situation du pays, avant de traiter certains journalistes “d’idiots immoraux” lors d’une réunion avec des ambassadeurs étrangers.


Le Kirghizistan occupe la 89e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par RSF.