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11 mai 2018

RSF demande l’abandon des poursuites contre Mali Actu

RSF demande l'arrêt des poursuites contre Salif Diarrah (au centre) lors d'une conférence de presse à Bamako le 7 mai 2018.
Le directeur de publication du site Mali Actu fait toujours l’objet d’un contrôle judiciaire pour avoir relayé le communiqué d’une association appelant à la démission d’un ministre. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités maliennes de mettre fin à ces poursuites injustifiées.

Deux mois et demi après avoir été abusivement arrêté et maintenu en garde à vue, le directeur de publication du site d’information en ligne Mali Actu, Salif Diarrah, reste astreint à un contrôle judiciaire hebdomadaire injustifié. Le journaliste n’a toujours pas non plus récupéré son passeport ni le matériel saisi lors de son interpellation, à savoir trois téléphones et trois ordinateurs portables.


Le 21 février dernier, Salif Diarrah et deux journalistes de Mali Actu ont été emmenés de force par quatre hommes habillés en civil mais armés et qui n’avaient aucun mandat. Interrogé pendant cinq jours dans les locaux d’INTERPOL à Bamako, le directeur de publication est finalement ressorti libre mais il reste aujourd’hui poursuivi pour “chantage” après la diffusion sur son site d’information d’un communiqué d’une association qui appelait à la démission du ministre de l’Emploi. Les deux autres journalistes ont été remis en liberté au bout de deux jours sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux.


“Les poursuites contre le directeur de Mali Actu doivent cesser, son contrôle judiciaire levé et son matériel restitué”, a notamment déclaré Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières (RSF) lors d’une conférence de presse à Bamako le 7 mai dernier. L’organisation a également dénoncé le fait que Salif Diarrah n’osait plus reprendre son travail et que sa rédaction vivait dans un climat de peur. “Il est anormal que de nombreux journalistes maliens s’interrogent sur ce qu’ils ont le droit de dire ou d’écrire. Il est essentiel que les autorités maliennes les laissent effectuer leur travail librement alors que se profile l’élection présidentielle du 29 juillet.”


Le 18 février, la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo à caractère pornographique sur laquelle figure une personne présentée comme le ministre de l’Emploi avait poussé une partie de l’opinion publique a demandé sa démission. Le collectif Bi-Ton, qui œuvre dans le domaine de l’emploi des jeunes, avait publié un communiqué dans ce sens qui a été repris par Mali Actu. Le site avait également diffusé le communiqué de la brigade chargée de la protection des moeurs qualifiant la vidéo de “montage grotesque”.


Les avocats du directeur de publication de Mali Actu ont déposé un recours en annulation devant la chambre d’accusation après avoir constaté de “nombreux vices de procédure”.


Le Mali est classé 115e dans le classement 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.