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30 novembre 2018 - Mis à jour le 23 août 2019

RSF demande la fin du harcèlement qui vise le site singapourien The Online Citizen

Terry Xu a subi un interrogatoire de police de huit heures (photo : Julian Wong / Ricemedia)
La police a saisi le matériel informatique du site d’information The Online Citizen et interrogé son rédacteur en chef, ainsi qu’un de ses collaborateurs, pendant plusieurs heures, et ce pour des motifs parfaitement fallacieux. Reporters sans frontières (RSF) condamne ce qui apparaît comme un acte d’intimidation inacceptable.

Il craint désormais d’être arrêté d’un jour à l’autre… C’est ce qu’a révélé lundi Terry Xu, rédacteur en chef du site d’information indépendant The Online Citizen (TOC), dans un billet publié en début de semaine. Six jours plus tôt, le journaliste a vu débarquer à son domicile cinq policiers qui ont saisi tout son matériel informatique et l’ont emmené de force pour un interrogatoire de huit heures. A l’origine de cette démonstration de force, un article d’opinion posté le 4 septembre dernier par un blogueur écrivant sous le pseudonyme Willy Sum, lequel a lui-même été interrogé par la police, lundi  26 novembre, pour “diffamation criminelle”. Il y dénonçait notamment des “faits de corruption dans les plus hautes sphères du parti au pouvoir”, lequel “dévoierait la Constitution” de la Cité-Etat.

 

En réaction à ces critiques, l’Autorité de développement des médias (ADM, qui dépend du ministère de l’Information) a ordonné le 18 septembre le retrait de l’article jugé insultant dans les six heures. Alors que TOC s’est immédiatement plié aux ordres, la police s’est servie de cette affaire pour confisquer le matériel du site le 20 novembre, soit deux mois plus tard. Suspendu de facto, c’est seulement grâce à la mobilisation des lecteurs que TOC a pu publier à nouveau des articles lundi.

 

“Exhumer cette affaire pour intimider le responsable de The Online Citizen et priver le média de ses moyens de publication relève d’une grossière manœuvre de harcèlement, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Ces interrogatoires inopinés doivent cesser et le matériel saisi doit être immédiatement restitué. Nous appelons les autorités singapouriennes à arrêter de vouloir censurer toute information qui leur déplaît.”

 

Ce n’est pas la première fois que TOC est pris pour cible par le gouvernement de la Cité-Etat. En 2016, RSF le mettait déjà en garde contre les tentatives répétées du ministère de l’Intérieur de faire fermer le site à coups de plaintes fallacieuses.

 

Singapour se classe à la 151eme place sur 180 du classement mondial de la liberté de la presse 2018.