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8 avril 2019 - Mis à jour le 1 septembre 2020

RSF demande au Pakistan de faire toute la lumière sur la disparition de deux journalistes chiites

Les reporters Matloob Hussain Mosavi (droite, en haut) et Syed Ali Mubashir Naqvi (en bas) sont portés disparus depuis une semaine. Au Pakistan, le pouvoir civil incarné par le Premier ministre Imran Khan (gauche) est considéré comme étant sous l’influence de l’establishment militaire, qui harcèle les journalistes jugés dérangeants (photos : Farooq Naeem / AFP - Imtiaz Ali / Dawn Newspaper - ShiiteNews).
Deux journalistes ont été enlevés à Karachi en moins de deux jours, avec la complicité de certains éléments des forces de sécurité. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités du Pakistan à lancer des enquêtes indépendantes pour les retrouver au plus vite et que leurs ravisseurs fassent l’objet de poursuites.

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Actualisation :

Accusé de possession d’explosifs et d’armes illégales et placé en détention, le journaliste Syed Matloob Hussain a finalement été libéré le mardi 1er septembre 2020, après qu'un tribunal de Karachi l’a acquitté. RSF se réjouit de sa libération mais réitère sa demande aux autorités de mettre tous les moyens en oeuvre pour faire la lumière sur les circonstances de sa disparition, et surtout sur celle de son confrère Syed Ali Mubashir Naqvi. 

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Déjà plus d’une semaine sans aucune nouvelle... Le 30 mars dernier à l’aube, le journaliste du Daily Jang, Matloob Hussain Mosavi, a été enlevé depuis sa résidence de Karachi, dans le sud du Pakistan, par un groupe d’hommes masqués, habillés en civil, arrivés à bord de véhicules banalisés, mais aussi de trois voitures de police. “Personne ne nous a dit pourquoi Matloob a été enlevé, regrette le frère du journaliste, Minhaj, auprès de RSF. On aurait dit qu’ils arrêtaient un terroriste. Il était tout sauf un terroriste…”


A la question de savoir si le journaliste a été enlevé en raison de son travail, son frère ne peut exclure le fait que les commentaires qu’il postait sur les réseaux sociaux aient pu déplaire. “C’est un jeune homme progressiste”, conclut-il. Matloob Mosavi avait confié un peu plus tôt à son père qu’"il se passait quelque chose d’étrange”. Il est issu d’une famille chiite.


Moins de 48 heures après cet enlèvement, un autre journaliste de Karachi a disparu dans des conditions similaires. Après sa journée de travail du 1er avril, le reporter d’image de la chaîne Aab Takk News, Syed Ali Mubashir Naqvi, a soudainement été interpellé sur le parking de son lieu de travail, comme ses collègues l’ont confirmé à RSF. Détail troublant : il fait lui aussi partie de la minorité chiite.


“Manœuvre d’intimidation”


“Nous appelons les autorités pakistanaises à faire toute la lumière sur cette double disparition pour le moins préoccupante, qui s’apparente à une manœuvre d’intimidation, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le modus operandi, la proximité temporelle des événements et l’identité des journalistes enlevés sont autant d’éléments qui laissent penser que des éléments des forces de sécurité auraient pu commanditer ces kidnappings, hors de tout respect des procédures juridiques. Il revient au gouvernement du Pakistan de montrer que le pays est encore gouverné par l’Etat de droit.”


Actuellement sous perfusion d’investissements d’origine saoudienne, le cabinet du Premier ministre Imran Khan fait tout pour ménager Riyad. Comme l’a récemment montré RSF, le ministère de l’Intérieur a diligenté le mois dernier des “enquêtes“ contre six journalistes pakistanais qui avaient eu l’outrecuidance de publier sur Internet des photos de leur confrère saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en octobre dernier. Riyad étant toujours prompt à répandre une rhétorique anti-chiites, on ne peut exclure que l’establishment pakistanais veuille la reprendre à son compte en intimidant certains journalistes.


En janvier 2017, cinq blogueurs pakistanais critiques du fondamentalisme islamiste avaient été mystérieusement enlevés en l’espace de quelques jours, pour être torturé et finalement relâchés au bout de plusieurs semaines. Aujourd’hui en exil aux Pays-Bas, l’un d’entre eux, Ahmed Waqas Goraya, a expliqué  que ce sont les services de renseignement qui avaient agi ainsi pour intimider les voix dissidentes sur Internet.


Un an plus tard, en janvier 2018, le journaliste Taha Siddiqui échappait in extremis à un enlèvement, là aussi vraisemblablement orchestré par l’establishment militaire.


Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.