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20 septembre 2018

RSF condamne l'arrestation par les autorités bulgares de deux journalistes d’investigation enquêtant sur le détournement de fonds européens

Documents relatifs à une enquête sur des fraudes impliquant des fonds de l'UE en Bulgarie épargnés du feu / Bivol.
La police bulgare a arrêté et maintenu en détention pendant six heures deux journalistes d'investigation de médias indépendants, RISE Project Romania et Bivol, alors qu'ils enquêtaient sur des fraudes portant sur des détournements de fonds européens. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces arrestations et appelle les autorités à garantir la sécurité de ces journalistes qui aujourd’hui font l’objet de menaces à peine voilées

Attila Biro, rédacteur en chef roumain du portail d’investigation RISE Project Romania, et le bulgare Dimitar Stoyanov du media Bivol réputé pour ses enquêtes sur la corruption, ont été arrêtés à Pernik dans la banlieue de Sofia, le 14 septembre. Tous deux enquêtaient sur des soupçons de fraude impliquant des fonds de l’Union européenne en Bulgarie et en Roumanie. Alors qu’ils arrivaient dans un lieu tenu secret pour les besoins de leur enquête, les deux reporters ont découvert des sacs de documents déchiquetés et encore fumants, attestant de l’implication de grandes entreprises bulgares dans le détournement de fonds européens. Tandis qu’ils prenaient des photos de ces preuves, ils ont été appréhendés par la police, menottés sur le champ et placés en détention pendant six heures. La police a également confisqué leurs téléphones portables et interdit aux reporters de passer des appels.

 

Le site d’investigation Bivol avait dès le 11 septembre publié un précédent rapport détaillant ce qu'il qualifiait de “corruption à grande échelle” des projets financés par l'Union européenne en Bulgarie et portant sur des millions d’euros. Depuis plusieurs années, Bivol s’emploie à enquêter sur la corruption en Bulgarie. Le site est récemment parvenu à découvrir qu’une des sociétés impliquées dans cette présumée fraude déménageait des documents sensibles à l’extérieur de Sofia afin de les tenir au secret voire à les détruire, sans susciter de réaction des autorités bulgares. 


Depuis la publication de cette enquête explosive et l’arrestation des journalistes, les reporters bulgares de Bivol Dimitiar Styanov, Assen Jordanov  et Atanas Tchobanov font l’objet de très sérieuses pressions.

 

 “Selon des informations recueillies par RSF, l’intégrité physique des journalistes d‘investigation (et de leurs sources) pourrait être menacée par de grands patrons bulgares cités dans cette enquête, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans de Reporters sans frontières. RSF est préoccupée et exhorte les autorités bulgares à garantir leur sécurité.”

 Alors que les autorités roumaines ont fait le nécessaire pour assurer le retour de leur ressortissant à Bucarest, les autorités bulgares n’ont pas eu les mêmes égards. 

Bien qu’il ait présenté des excuses aux journalistes attribuant l’incident à une mauvaise communication avec la police locale, le chef de la police bulgare anti-mafia a toutefois

félicité publiquement les policiers qui avaient procédé à l’arrestation des journalistes.

  

L’immobilisme des autorités bulgares et le refus pendant une semaine du parquet d'enquêter sur des révélations de corruption de fonds européens impliquant notamment la société de construction GPGroup et l'oligarque Valentin Zlatev, directeur de Lukoil Bulgaria, interroge sur la volonté des autorités de faire la lumière sur cette corruption endémique.

 

La réputation des journalistes de Bivol n’est plus à démontrer et un de ses rédacteurs, est membre du comité de direction de l’organisation OCCRP, un réseau de journalistes d’investigation reconnu qui enquête sur le crime organisé et la corruption depuis des années. Les journalistes d’investigation font souvent l’objet de pressions allant de simples avertissements, à des actes d’intimidations jusqu’à des agressions exercées sur leur personne ou sur leurs biens en Bulgarie qui figure à la 111ème position, sur 180 pays, au Classement mondial 2018 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, soit la plus mauvaise performance pour un pays membre de l’Union européenne.