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7 novembre 2017 - Mis à jour le 9 novembre 2017

​RSF apporte son soutien à JED après les accusations du ministre de l'Information et de la Communication congolais Lambert Mende

Lambert Mende, Ministre de la Communication et des médias de RDC depuis 2008
Après la publication le 2 novembre du rapport annuel de Journaliste en Danger, le ministre de la Communication et des Médias congolais Lambert Mende a tenu des propos menaçants à l’encontre de cette organisation partenaire de Reporters sans frontières (RSF). Dans une lettre ouverte adressée au ministre, RSF apporte son soutien à JED et demande au ministre de protéger les journalistes et de mettre un terme à l’impunité de ceux qui commettent des crimes contre eux.




Paris, le 7 novembre 2017


Monsieur le Ministre,


Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté de l’information, exprime son inquiétude après les critiques que vous avez émises, le 3 novembre, à l’encontre de l’organisation congolaise de défense de la liberté de la presse, Journaliste en Danger (JED).


Lors de votre allocution, vous avez remis en cause la crédibilité de leur rapport annuel sorti la veille et accusé l’organisation de faire de “l’activisme politique”. Par ailleurs, vous avez laissé entendre que les membres de l’organisation pourraient être arrêtés.


Nous apportons notre soutien plein et entier à JED et à ses publications. Nous rappelons que l’organisation a compilé, avec la plus grande rigueur, les recherches effectuées et publiées tout au long de l’année par ses équipes. Dans ce rapport, diffusé lors de la journée mondiale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, l’organisation note notamment une recrudescence de près de 40% des attaques contre les journalistes menées par les différentes autorités publiques de la RDC. La République démocratique du Congo a enregistré une chute de 10 places dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières entre 2013 et 2017. Elle est aujourd’hui 152ème sur 180 pays.


Nous comprenons que ces statistiques puissent vous faire réagir et nous espérons que face à ce sinistre bilan, vos équipes mettront tout en oeuvre pour trouver et punir les auteurs responsables de ces actes, qui sont à plus de 80% commis par des autorités militaires, policières ou administratives. Nous vous demandons également de protéger davantage les journalistes, qui ne sauraient être victimes d’exactions, au prétexte que leurs publications déplaisent aux autorités locales et nationales.


Les accusations que vous avez portées à l’encontre d’une organisation importante de la société civile congolaise sont préoccupantes et génèrent un climat de menaces à l’encontre des équipes de JED qui doivent pouvoir travailler librement. Depuis votre intervention, JED a reçu plusieurs “mises en garde” et appels à la prudence de la part de personnes soi-disant bien intentionnées. En tant que ministre de l’Information et de la Communication, il en est de votre responsabilité de donner l’exemple et de ne pas légitimer la violence à l’égard de la presse.


Nous vous demandons donc de veiller à la sécurité des équipes de JED, dont le travail est salué par de nombreuses organisations internationales et des médias à travers le monde.


Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, ma considération distinguée.


Christophe Deloire

Secrétaire général