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17 août 2018

RSF appelle le Népal à garantir la liberté de la presse en amendant son nouveau Code pénal

La presse népalaise a connu un développement sans précédent avec l’apparition de dizaines de nouveaux journaux depuis la fin de la monarchie il y a dix ans, jouant un rôle déterminant dans la transition qui a suivi la guerre civile (photo: Prakash Mathema / AFP).
Plusieurs articles du nouveau Code pénal du pays font peser de lourdes menaces sur la liberté d’informer. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités népalaise à modifier ces dispositions pour les conditionner à la recherche d’informations d’intérêt public.

Jusqu’à trois ans de prison… C’est ce que risquent désormais les journalistes népalais qui publieraient des informations jugées “confidentielles” en vertu du nouveau Code pénal, qui est entré en vigueur aujourd’hui vendredi 17 août. Plusieurs articles relatifs à la protection de la vie privée constituent de sérieuses menaces à l’exercice du journalisme.


Les sections 293, 294 et 295 criminalisent la publication d’informations privées, l’enregistrement de conversations ou la prise de photos sans autorisation préalable. L’article 306.2 prévoit également une peine de trois ans d’emprisonnement pour quiconque “manquerait de respect” envers un individu, que ce soit directement ou à travers la satire.


“Nous appelons les autorités népalaises à reformuler immédiatement ces dispositions qui, en l’état, apparaissent comme un insupportable outil de censure, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il est primordial de les conditionner à la recherche d’informations d’intérêt public.


"Une part bien trop importante est laissée à l’appréciation du juge, et ces articles pourront être utilisés pour criminaliser tout travail d’investigation journalistique ou toute critique d’un personnage public. S’ils ne sont pas amendés très vite, le Népal risque fort de perdre des places dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF”.


La Constitution népalaise de 2015 proclame dans son préambule une liberté totale de la presse, et son article 19 interdit la censure de l’information. Malgré ces garanties, les journalistes font régulièrement l’objet de pressions des différents pouvoirs, comme lorsque le président de la Cour suprême du pays a tenté d’imposer une censure préalable à toute information jugée critique à son endroit. Il a depuis été destitué.


Le Népal se situe à la 106ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF.