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28 février 2018

La cour suprême du Népal tente de censurer la presse

Le président de la cour suprême Gopal Parajuli s'attaque au groupe de presse Kantipur pour des articles pointant du doigt ses différentes dates de naissance dans des documents officiels (photos : setopati.net - KMG).
Le président de la cour suprême népalaise a ordonné dimanche au Conseil de la presse du pays d'interdire la publication d'informations le concernant. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces pressions, qui témoignent clairement d'un détournement de l'appareil judiciaire à des fins personnelles.

Le pouvoir judiciaire au Népal vient de violer un principe fondamental de la liberté de la presse. Le président de la Cour suprême, Gopal Parajuli, a rendu le 25 février une décision ordonnant au Conseil de la presse d’interdire à l’avenir toute publication d’article jugé critique à son endroit par le Kantipur Daily, l’un des principaux journaux du pays. A l’origine de ce jugement, une plainte déposée pour “outrage à la cour” contre le rédacteur en chef du quotidien, Sudheer Sharma, le journaliste Krishna Gyawali, ainsi que la directrice de Kantipur Publications Swastika Sirohiya et son président, Kailash Sirohiya.


Les journalistes et éditeurs sont poursuivis pour la publication d'articles faisant référence à différentes dates de naissance déclarées par le juge suprême dans plusieurs documents officiels. Problème, c’est le même juge Gopal Parajuli qui a traité la plainte, signe patent d’une volonté de vengeance contre le média.


“Il ne devrait pas être nécessaire de rappeler à un président de Cour suprême qu’on ne peut pas être à la fois juge et partie, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il s’agit là d’un cas de censure préalable absolument inacceptable, qui pourrait avoir de funestes conséquences pour la liberté de la presse s’il faisait jurisprudence. Nous appelons les parlementaires népalais à envisager le vote d’une motion de destitution si le juge suprême ne revient pas immédiatement sur sa décision.”


Selon la loi sur l’administration de la justice, clairement instrumentalisée par le juge, le journaliste et les responsables du Kantipur Daily risquent jusqu’à un an de prison. La décision du président de la cour suprême va à l’encontre de la Constitution népalaise de 2015, en particulier son préambule, qui proclame une liberté totale de la presse, et son article 19, qui interdit la censure de l’information.


Le Népal se situe à la 100ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.