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6 mars 2020

RSF appelle le Japon à cesser ses pressions sur les médias enquêtant sur Fukushima

PHOTO: BEHROUZ MEHRI / AFP
Alors que le Japon commémore le 9e anniversaire de l’accident de Fukushima, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de laisser les journalistes enquêter librement sur le sujet.

Mercredi 11 mars, le Japon commémorera le neuvième anniversaire de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima, provoquée par un tsunami qui fit 18 500 morts et disparus et 160.000 évacués. Depuis neuf ans, le site rejette des quantités massives de matières radioactives dans la mer et dans l’atmosphère. Or, les médias enquêtant sur le sujet sont l’objet de nombreuses pressions et tentatives de censure.


Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités japonaises à laisser les médias enquêter librement sur tous les sujets liés à la centrale de Fukushima. En particulier, les journalistes, y compris les correspondants étrangers et les indépendants, doivent pouvoir aller sur le site de la centrale et accéder à toutes les données disponibles.


« Il est essentiel que le public dispose d’informations indépendantes sur les niveaux de rayonnement et leurs risques pour la santé, » insiste Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l'Est de RSF. « Le gouvernement japonais ne peut pas faire l’économie de la transparence, alors qu’il encourage les habitants évacués à se réinstaller dans la zone contaminée. »


De nombreux journalistes japonais dénoncent l’autocensure dans les grands médias - résultat selon eux des pressions du gouvernement et du lobby du nucléaire, qui souhaitent empêcher la publication d’informations donnant « une image négative du Japon »  ou pouvant nuire à la préparation des Jeux Olympiques 2020, qui auront lieu à Tokyo cet été. 


Un journaliste de télévision qui travaillait  pour un programme d’information célèbre, et qui souhaite rester anonyme, se souvient de « fortes pressions exercées par le  gouvernement et les annonceurs », visant à dissuader son équipe d’enquêter sur les effets à long terme des substances radioactives émises par la centrale. « Nous avons eu connaissance  d’appels téléphoniques venant du cabinet du Premier ministre Shinzo Abe, demandant à la direction de mettre au placard certains journalistes. »


En 2014, le quotidien The Asahi Shimbun s’est attiré les foudres du gouvernement pour avoir publié un article expliquant qu’au moment de l’accident,  90% des employés de la centrale étaient absents. Le conseil d'administration du journal a dû présenter des excuses publiques et les auteurs de l’article, les journalistes chevronnés Hideaki Kimura et Tomomi Miyazaki, ont par la suite été contraints de démissionner.


Martin Fackler, qui a dirigé le bureau du New York Times à Tokyo entre 2009 et 2015, confirme un « manque total de transparence » au niveau des autorités et estime que les excuses publiques de l’Asahi Shimbun « ont eu valeur d’exemple pour décourager les autres grands médias d’enquêter sur les sujets liés à la centrale de Fukushima. »


En 2017, le rapporteur spécial des Nations Unies pour la liberté d’expression, David Kaye, avait exprimé son inquiétude au sujet de la liberté de la presse au Japon. En 2019, il a noté une nouvelle aggravation.


Le Japon se situe au 67e rang sur 180 au Classement mondial RSF de la liberté de la presse 2019.