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29 juin 2016 - Mis à jour le 4 juillet 2016

RSF appelle le gouvernement afghan à agir concrètement pour assurer la sécurité des journalistes

Depuis le début du mois de juin, Reporters sans frontières (RSF) a recensé au moins une dizaine de cas de violences contre les journalistes et les médias en Afghanistan. RSF exprime une fois de plus sa vive inquiétude face aux insécurités qui menace la presse et rappelle à l’Etat afghan son devoir de la protéger.

Le mois de juin a débuté avec la nouvelle de la mort le 5 juin 2016 du photojournaliste américain David Gilkey et de son collègue journaliste afghan Zabihullah Tamanna, tués par les Talibans. Mais en Afghanistan, les auteurs des violences ne sont pas seulement les ennemis connus de la liberté de la presse, Talibans et groupe Etat Islamique. La police, les agents des services de renseignement et des responsables politiques locaux participent aussi de la montée de la violence, de la censure et de l’autocensure.


Le 21 juin 2016, suite à trois attentats quasi simultanés à Kaboul, qui avaient coûté la vie d'au moins 23 personnes, dont 14 ressortissants népalais et indiens, plusieurs journalistes dépêchés sur place pour couvrir les événements ont été victimes de violence de la part de la police et d’agents des services des renseignement. La plupart ont été insultés, plusieurs tabassés, notamment Ghazi Rasouli, journaliste pour la chaîne afghane TV1, Khajeh Tofigh Sedighi, de la chaîne afghane Tv24, et Shamariz, cameraman pour une chaîne étrangère.


Le 12 juin 2016, Kefayatalah Saimi, journaliste de la chaîne privé Norin TV, a été tabassé par les gardes du corps du gouverneur la province du Badakhshan (nord du pays). Le journaliste avait déclaré avoir été 'attaqué sans raison évidente. Un des proches du gouverneur a démenti l’attaque physique, tout en accusant le journaliste d’avoir “mal parlé” aux gardes du corps.


Dans la soirée 7 à 8 juin, à Jalalabad également, les sièges de la radio Enekas (“réflexion” en langue dari) et la Cable TV Networks ont été attaqué par trois bombes puissantes. Deux bombes ont explosé, une troisieme a été neutralisée par les forces de l'ordre. Selon les responsables de ces médias, les dégâts matériels sont considérables, mais personne n'a été blessé. L’attentat n'a pas été revendiqué, et les médias continuent leur diffusion.


RSF rappelle que depuis un an plusieurs médias ont été attaqués dans la ville de Jalalabad notamment, le 12 juin 2015, le bureau régional de l’agence de presse indépendante afghane Pajhwok et la radio publique américaine Voice of America (VOA) ; dans la soirée du 10 au 11 octobre 2015, la porte et une partie du mur du bâtiment qui abrite le bureau régional de la radio Killid et de la radio locale Safa ont été détruites par l’explosion d'une bombe artisanale. Ces attentats n'ont pas été revendiqués, mais le groupe Etat Islamique est présent dans la région et avait déjà menacé plusieurs médias et journalistes.


Le 7 juin, Mohammad Golab Ibrahimi, directeur de la radio Kavoon gar, a été agressé par la police alors qu'il couvrait la distribution de l'aide qatari à la population à l'occasion du mois du Ramadan dans la ville Mahtarlam (province de Laghmân). Bien qu’il ait présenté sa carte et déclaré la raison de sa présence sur place, des policiers l’avaient violenté et cassé son appareil photo.


Le 29 mai, Nemat Kryab, journaliste de BBC, a été arrêté alors qu’il était en de passage dans la ville de Jalalabad (province de Nangarhâr) par les agents des services secrets afghans (National Directorate of Security, NDS), avant d’être libéré deux jours plus tard. Atololah Koghani, porte-parole du gouverneur, avait déclaré que le journaliste avait été interrogé par les agents du NDS, sans donner plus de détails.


RSF également condamne les déclarations irresponsables de certains hommes politiques. Notamment Amrolah Saleh, ancien chef des services de renseignement et président du parti Ravand Sabaz, qui dans un post sur sa page Facebook, a accusé l’agence de presse indépendante afghane Pajhwok de recevoir de l'argent du gouvernement et insinué qu’elle était téléguidée par les services de renseignements. Dans un pays où les Talibans et d’autres groupes armés tuent des journalistes sous le simple soupçon d’être proches du pouvoir, une telle prise de position est totalement irresponsable. La critique des médias ne doit pas être interdite, elle peut même les aider dans leur travail pour le respect de leur déontologie. Les subventions de l’Etat aux médias peuvent aussi être contestées, mais ne sont pas en soi une preuve de manipulation, comme le montrent de nombreuses démocraties. Mais dans une situation aussi critique que celle de l’Afghanistan, la première responsabilité d’un responsable public devrait concerner la sécurité des journalistes.


«Les attaques criminelles contre les médias illustrent la volonté des différents prédateurs de la liberté de la presse d’instaurer un climat de terreur. déclare Réza Moïni, responsable du bureau Iran-Afghanistan de Reporters sans frontières. Ces violences mettent en péril le droit des journalistes d’informer le peuple afghan. Le devoir des forces de l’ordre et des services de sécurité est de protéges les journalistes et les médias. Nous demandons au président Mohammad Ashraf Ghani, au chef de l’exécutif, Abdullah Abdullah, et au ministre de l’Information et de la Culture de prendre les mesures concrètes afin pour mettre fin à ces violences, notamment les violences policières


L’Afghanistan occupe la 120e place sur 180 dans le Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2016.