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21 avril 2008 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières "très inquiète" après les menaces de mort contre les observateurs du procès de l'affaire Serge Maheshe


Reporters sans frontières est très inquiète après que des menaces de mort anonymes ont été proférées à l'encontre de quatre observateurs indépendants du procès des assassins présumés de Serge Maheshe, secrétaire de rédaction de la station onusienne Radio Okapi, les 17 et 19 avril 2008.
Reporters sans frontières est très inquiète après que des menaces de mort anonymes ont été proférées à l'encontre de quatre observateurs indépendants du procès des assassins présumés de Serge Maheshe, secrétaire de rédaction de la station onusienne Radio Okapi, les 17 et 19 avril 2008. "Les pressions inadmissibles exercées contre ces quatre observateurs, qui font un travail indispensable à la manifestation de la vérité, sont très inquiétantes. La fuite en avant de ceux qui, depuis le début de cette affaire, pèsent de tout leur poids pour que justice ne soit pas rendue, doit être enfin prise au sérieux par les autorités. Le gouvernement congolais a les moyens d'identifier et de punir les auteurs de ces menaces. Il est vital qu'il le fasse sans tarder", a déclaré l'organisation. Le 17 avril peu après 20 heures, Dieudonné Sango, vice-président du Réseau provincial des organisations de défense des droits de l'homme au Congo (Reprodhoc), Jean-Paul Ngongo, membre de l'association "Voix des sans voix ni liberté", Jean Bedel, avocat de l'Initiative congolaise pour la justice et la paix (ICJP) et Sophie Roudil, représentante de l'organisation Protection internationale à Bukavu (Sud-Kivu, Est), ont reçu le même SMS anonyme menaçant. Le texte du message affirmait : "Ne t'en fais pas. Rira bien qui rira le dernier. Ils paieront cher de leur propre sang l'issue de ce procès qu'ils ont tant discrédité. Nous sommes au Congo. Au plaisir", envoyé depuis le numéro de téléphone mobile +243 85 32 10 208. Ces quatre personnes font partie du collectif d'observateurs indépendants du procès en appel des assassins présumés du journaliste Serge Maheshe, qui se déroule depuis le 6 février 2008 devant le tribunal militaire de Bukavu, dans des conditions discutables. Ce groupe d'une trentaine d'organisations locales, soutenues par Protection international, publie une note d'observation critique à l'issue de chaque audience, détaillant les anomalies et dysfonctionnements réguliers de la procédure. Ces remarques, qui ont connu un écho médiatique important dans les médias congolais, ont provoqué la colère du premier président du tribunal, lors des audiences du 19 et du 26 mars, qui s'est élevé contre des "pressions" inutiles. Le capitaine Dieudonné Kabembe, représentant du ministère public, a quant à lui "averti" les observateurs de la possibilité de poursuites judiciaires pour "atteinte à la magistrature". Le 19 avril, après que les personnes menacées avaient porté plainte, Dieudonné Sango, Jean-Paul Ngongo et Jean Bedel ont reçu un nouveau SMS disant : "Plainte ? Une contre-attaque ? Hum !!! Ok. Le plus fort l'emportera. C'est une question de temps. Le vin est tiré. Bonne chance." Sophie Roudil, quant à elle, a reçu un message affirmant : "Avec tous les respects, tu es RESPONSABLE de ce qui va ARRIVER." Rappel des faits Le 13 juin, aux environs de 21 heures, Serge Maheshe, journaliste et secrétaire de rédaction de l'antenne locale de Radio Okapi, a été tué par deux hommes en vêtements civils, armés de fusils-mitrailleurs kalachnikovs, alors qu'il sortait du domicile d'un ami, dans un quartier résidentiel de Bukavu. Au moment où, en compagnie de deux amis, il s'apprêtait à monter à bord de son véhicule, marqué du signe "UN" (Nations unies) dont disposent les journalistes de la radio pour se déplacer, les inconnus, qui l'attendaient, leur ont intimé l'ordre de se coucher à terre. L'un d'eux a alors tiré une rafale de deux balles dans les jambes du journaliste, puis trois balles dans la poitrine. Serge Maheshe, 31 ans, travaillait pour Radio Okapi depuis 2002 et était devenu l'une des figures de la presse dans la région. En première instance, le tribunal militaire de Bukavu avait condamné, le 28 août 2007, Freddy Bisimwa Matabaro et Mugisho Rwezangabo Mastakila, deux hommes préalablement connus pour de petits délits, à la peine capitale pour "assassinat". A la stupéfaction générale, Serge Muhima et Alain Mulimbi Shamavu, deux témoins oculaires du crime et amis proches du journaliste, avaient été condamnés à la même peine pour "association de malfaiteurs". Le jugement avait été rendu en se fondant sur les seuls "aveux" des deux premiers, expliquant être les auteurs matériels de l'assassinat et qui avaient accusé les amis du journaliste d'être les commanditaires du crime, sans avoir pu fournir ni mobile ni élément matériel. En rendant son verdict, le tribunal avait reconnu lui-même la persistance de "zones d'ombre" dans le dossier. Dans une lettre datée du 8 septembre 2007, dont Reporters sans frontières détient une copie, Freddy Bisimwa Matabaro et Mugisho Rwezangabo Mastakila ont accusé deux magistrats militaires de les avoir soudoyés pour accuser les deux amis de la victime. Ils ont affirmé que ceux-ci leur ont fourni des éléments prétendument compromettants, de manière à étayer leur scénario, et leur ont fait la promesse de leur assurer une rente financière et des titres de voyage pour l'Afrique du Sud.