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26 juin 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Réinstauration en l'état du Conseil de la presse : un "retour en arrière dangereux"


Reporters sans frontières est très préoccupée par les conséquences pour la liberté de la presse de la réinstauration du Conseil de la presse, susceptible de condamner des journalistes et des responsables de publications à des peines de prison. Cette décision intervient dans un climat toujours tendu entre les autorités et les médias, avec de nouvelles menaces contre les journaux tamouls de Jaffna. "Un Conseil de la presse peut être un outil très utile pour gérer les relations entre les médias et le public. Mais en l'état, ce conseil représente plus une menace qu'une solution. Le Sri Lanka a été l'un des premiers pays d'Asie à dépénaliser les délits de presse. Aujourd'hui, le gouvernement souhaite revenir en arrière et imposer aux médias un contrôle pesant qui représentera une véritable épée de Damoclès sur la profession. Nous appelons le gouvernement à libéraliser la loi de 1973 avant de réinstaurer le Conseil de la presse", a déclaré l'organisation. Le 24 juin 2009, le ministre des Médias Lakshman Yapa Abeywardena a confirmé que le gouvernement comptait réactiver le Conseil de la presse, d'abord établi en 1973 puis gelé en 2002. Selon le ministre, il s'agit de répondre à une enquête d'un comité parlementaire qui avait révélé que l'Etat continuait à dépenser des fonds pour le Conseil alors qu'il n'était plus actif. Depuis 2002, les médias ont établi une Press Complaints Commission qui permet au public de régler ses différends avec les médias. En réaction, huit groupes sri lankais de défense de la liberté de la presse, notamment la Editors Guild of Sri Lanka, ont exprimé dans une lettre adressée au chef de l'Etat leur inquiétude sur le retour du Conseil de la presse. Selon ces organisations, il s'agit d'une "décision mal inspirée". La lettre rappelle à Mahinda Rajapaksa qu'il avait lui-même défendu la dépénalisation des délits de presse en 2002 devant le Parlement. La loi de 1973 instituant le Conseil prévoit que six de ses membres sont nommés par le chef de l'Etat, dont un représentant les organisations de journalistes et un autre les patrons de presse. Selon certains médias de Colombo, l'écrivain Somarathna Balasooriya pourrait être nommé président de cette instance qui a le pouvoir d'imposer de lourdes amendes à des journalistes ou des médias coupables de "diffamation" ou "offense". Les délits les plus sérieux peuvent être punis de peines de prison. Plus de détails sur le Conseil de la presse Le frère du président, Gotabhaya Rajapaksa, avait publiquement regretté que son pays ait supprimé les peines de prison pour les délits de presse. Il est à l'origine d'une plainte pour "diffamation" à l'encontre du groupe Leader Publications, qui a été condamné en décembre 2008 à ne publier aucun article le concernant. Le journal est cité à comparaître en juillet prochain pour "insulte à la cour". En effet, en mai dernier, The Sunday Leader a publié un article sur le frère du Président (http://www.thesundayleader.lk/20090524/profile.htm). Reporters sans frontières appelle la justice à abandonner les poursuites contre ce groupe de presse. Par ailleurs, le quotidien tamoul Uthayan a de nouveau été la cible de violences et de menaces. Le 25 juin, des inconnus ont contraint, sous la menace de leurs machettes, un distributeur du journal à Jaffna à brûler lui-même des centaines d'exemplaires du quotidien qu'il s'apprêtait à distribuer. Les agresseurs ont également détruit des exemplaires du journal tamoul Valampuri. Selon les informations reçues du journal, il s'agirait de représailles après la non-publication d'un communiqué de la Tamil United Force to Safeguard the Country, une organisation inconnue auparavant. La rédaction avait refusé de l'imprimer en raison de l'impossibilité d'identifier ses auteurs. A Colombo, cette fois, M. Vithyatharan, le rédacteur en chef de Sudar Oli, un quotidien lié à Uthayan, a été lourdement menacé par deux appels téléphoniques, pour ne pas avoir publié ce communiqué d'origine inconnue. Reporters sans frontières demande à la police d'identifier les auteurs de ces menaces et de fournir une protection au journaliste.