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16 février 2021

RDC : un journaliste arrêté sur ordre d’une gouverneure

Reporters sans frontières (RSF) se joint à son organisation partenaire Journaliste en danger (JED) pour dénoncer les méthodes cavalières utilisées par une gouverneur intérimaire d’une province congolaise afin de réduire les médias au silence.

Arrêté dans son studio. Erick Ngunde, journaliste et directeur de la Radio Liberté Lisala située dans la Mongala, au nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), venait d’animer une émission politique consacrée aux tensions qui règnent pour la direction de cette province, lorsque la gouverneur par intérim Clémentine Sole a fait irruption dans son média avec une vingtaine de policiers pour ordonner son arrestation samedi 13 février.


Jointe par JED, la gouverneure justifie cette intervention par le fait que le journaliste ait invité un responsable politique “qui sème le trouble dans la province” et que sa radio continue à “injurier les autorités” malgré ses “rappels à l’ordre”.


“Il n’est pas acceptable qu’une gouverneure débarque dans un média pour se faire justice elle-même en procédant à l’arrestation d’un journaliste sur la seule base d’une intervention d’un invité qui ne lui a pas plu, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Nous demandons la libération de ce journaliste qui n’a rien à faire en prison. Nous appelons par ailleurs les autorités locales à cesser ces méthodes cavalières dans le règlement des différends qu’elles peuvent avoir avec certains médias de la province.”


Cette arrestation est intervenue moins de 24h après que Radio Liberté Lisala a été autorisée à reprendre ses activités. A l’instar de la Radio Mwana mboka,  elle était fermée depuis une semaine sur ordre de la gouverneure par intérim. Cette dernière reprochait alors à ces deux médias d’avoir incité la population à se rendre à l’aéroport pour aller accueillir son prédécesseur, le gouverneur déchu Crispin Ngbundu, par ailleurs propriétaire de Radio Mwana mboka. Le 5 février, elle s’était également rendue en compagnie de policiers dans la station locale de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC) pour ordonner l’interruption d’une émission consacrée au retour attendu de l’ancien gouverneur.


Ces derniers mois, les journalistes et les médias de cette province ont directement subi les conséquences des rivalités politiques locales, souvent sous la forme de règlements de comptes. En juin, alors que l’ancien gouverneur était en poste, RSF avait dénoncé les suspensions de plusieurs émissions politiques et de leurs animateurs ainsi que la radiation d’au moins six journalistes.


RSF plaide activement pour l’instauration d’un moratoire sur les arrestations de journalistes en RDC en attendant une révision complète de la loi très répressive de 1996 encadrant l’exercice du journalisme. Lors d’un entretien avec RSF et JED en novembre 2019, la président Félix Tshisekedi s'était déclaré favorable à ces recommandations qui n’ont depuis pas été suivies d’effet.


La RDC occupe la 150e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2020.