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14 novembre 2019

RDC : ces journalistes menacés pour leur couverture d’Ebola

Health workers carry out the body of a patient with unconfirmed Ebola virus on August 22, 2018 in Mangina, near Beni, in the North Kivu. John WESSELS / AFP
Depuis l’assassinat d’un animateur de radio dans la province de l’Ituri à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les langues se délient. Reporters sans frontières (RSF) a documenté une douzaine de cas de journalistes et médias attaqués pour leur couverture de l’épidémie et demande aux autorités de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité.

La lutte contre Ebola en RDC fait aussi des victimes chez les journalistes. Après l’assassinat le 2 novembre de Papy Mahamba Mumbere quelques heures seulement après qu’il ait animé une émission sur la riposte contre l’épidémie, son média, la radio communautaire de Lwemba, située dans la province de l’Ituri au nord-est du pays, a décidé d’arrêter ses programmes. Les six journalistes de sa rédaction ont pris la fuite pour éviter de subir le même sort que leur collègue. Dans un communiqué, un journaliste de la radio raconte que le directeur avait déjà échappé à deux tentatives d’enlèvement. Sa maison a également été incendiée.  

Messages, appels anonymes, distribution de tracts menaçants… Au cours des derniers mois, RSF a répertorié plus d’une douzaine d’actes d’intimidation visant des journalistes ou des médias qui relaient les messages de prévention pour éviter la propagation de l’épidémie ou qui abordent les moyens de la riposte dans leur émission. Le virus a fait plus de 2000 morts dans l’est du pays. 

En avril, alors qu’un médecin camerounais de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait été assassiné à l’hôpital de Butembo, des tracts promettant une “extermination” des agents de la riposte et des radios qui diffuseraient leurs messages avaient été distribués dans cette ville du Nord-Kivu. Kalebu Segwane, journaliste pour la Radio évangélique de Butembo, a reçu l’un de ses tracts. Joint par RSF il raconte avoir changé de domicile à plusieurs reprises après avoir reçu des menaces de mort de la part des membres de sa communauté ou de milices armées hostiles aux mesures sanitaires prises pour endiguer l’épidémie. “Nous vivons dans la peur”, confirme le directeur d’une radio communautaire de l’Ituri. Hier encore, l’animateur de l’émission de son média sur Ebola a reçu des textos d’un chef de milice. “Je ne sais pas s’il aura le courage de revenir assurer le programme ce soir”, s’inquiète son responsable.  

“L’assassinat d’un journaliste, le premier depuis 2016 en RDC, doit servir de leçon, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. L’ampleur des menaces visant les journalistes et les médias congolais qui couvrent Ebola exige des autorités que toutes les mesures sécuritaires nécessaires soient prises pour éviter un nouveau drame. Il est impératif qu’une enquête soit menée pour identifier les auteurs de cet assassinat et de ces menaces. Nous demandons aussi la mise en place d’un mécanisme national dédié à la protection et à la sécurité des journalistes.”  

Lors d’une audience avec le président Félix Tshisekedi à Paris le 12 novembre, RSF et JED ont plaidé pour l’installation dans les plus brefs délais d’un réseau de points focaux dans les différentes administrations et ministères concernés par la liberté de la presse, première étape d’un mécanisme visant à assurer une réponse rapide et un suivi des plus hautes autorités pour renforcer la protection et la sécurité des journalistes et lutter contre l’impunité. 

Au cours de ces échanges, le chef de l’Etat congolais s’est également montré favorable à la mise en place d’un moratoire sur les détentions préventives de journalistes poursuivis dans l’exercice de leur fonction en attendant que la loi sur le presse de 1996 soit révisée. Lors d’une mission conjointe qui s’est déroulée du 14 au 18 octobre à Kinshasa, RSF et JED avait qualifié de “chantier prioritaire” la révision de ce texte répressif et obsolète qui protège ceux qui sont à l’origine des poursuites et qui expose les journalistes à des sanctions très lourdes. 

La RDC occupe actuellement la 154e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de presse établi par RSF.