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30 juin 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Qui veut réduire le journal Uthayan au silence ?


"Vous avez ignoré un grand nombre de nos mises en garde antérieures. (…) Par conséquent, nous exigeons des journalistes, employés, agents et gardes de Uthayan de démissionner officiellement avant le 30 juin. Les personnes qui ne respecteront pas cet ordre seront soumises à la peine de mort." C'est par ces mots qu'un communiqué signé par les "Tamil United Force to Safeguard the Country", un groupe encore inconnu, menace de mort tous les employés du principal journal de la péninsule de Jaffna. Alors que l'ultimatum arrive à échéance dans quelques heures, Reporters sans frontières adresse un message de solidarité à tous les employés du groupe de presse Uthayan. Son directeur, E. Saravanapavan, s'est rendu à Jaffna pour essayer de protéger au mieux ses employés. Interrogé par Reporters sans frontières, il a expliqué que l'armée, la police et les principaux partis tamouls avaient condamné ces menaces et pris des dispositions pour assurer la sécurité du journal. "En raison de ces menaces, plus de la moitié de notre équipe n'est pas venue travailler hier soir. Seulement nos deux anciens journalistes ont écrit des articles. Le journal a été distribué ce matin, mais dans des conditions très difficiles. (…) Le commandant des forces armées à Jaffna et le chef de la police m'ont assuré que la sécurité de la rédaction de Uthayan serait assurée", a précisé E. Saravanapavan. Deux policiers supplémentaires ont été affectés à la protection du journal, tandis que des soldats ont été déployés près du bureau. Deux gardes assurent la sécurité personnelle de E. Saravanapavan. En mai 2006, des hommes armés avaient attaqué le bâtiment, tuant deux employés du journal. Les autorités n'ont mené aucune enquête sérieuse sur cet incident. "C'est dans un tel contexte d'insécurité et d'intolérance que les autorités comptent organiser des élections locales à Jaffna en août prochain. La possibilité pour Uthayan, journal critique des partis tamouls progouvernementaux, d'être publié en toute sécurité constitue un test crucial pour la crédibilité de ce scrutin déjà très controversé. Sans liberté de la presse, il n'y a pas d'élections libres", a affirmé Reporters sans frontières. L'organisation demande aux partis tamouls en liste pour les prochaines élections de s'engager à respecter la liberté de la presse. "Il est encourageant de voir que les partis tamouls TNA, TULF et EPDP ont condamné les menaces contre Uthayan. Mais nous attendons plus que des mots. Les journalistes de Jaffna doivent pouvoir travailler dans de bonnes conditions", a ajouté l'organisation. Le Tamil United Force to Safeguard the Country accuse Uthayan d'être à "l'origine de nombreuses confusions en publiant des rapports favorables aux terroristes et d'inciter à la haine raciale dans le but de détruire les Tamouls et les bases d'une liberté désormais permanente". Ces menaces tentent de faire taire un organe de presse connu pour ses critiques à l'égard des partis tamouls favorables au gouvernement. Un journaliste de Jaffna interrogé par Reporters sans frontières a expliqué que ces "menaces terrifient toute la profession de la péninsule". Plusieurs journalistes de Jaffna suspectaient l'EPDP d'être derrière ces menaces. Cette milice, dirigée par le ministre Douglas Devananda, a été impliquée dans de nombreuses violations de la liberté de la presse. Il y a cinq jours, des inconnus ont brûlé des centaines d'exemplaires de Uthayan à Jaffna, menaçant de mort le distributeur. Le 24 mars dernier, un garde avait été blessé par l'explosion d'une grenade devant le bâtiment du journal. Enfin, Reporters sans frontières espère que la police pourra identifier les auteurs des menaces téléphoniques proférées à l'encontre du rédacteur en chef du quotidien Sudar Oli, lié à Uthayan. Il s'agit des numéros 0772487667 et 0778114377, visiblement enregistrés dans la péninsule de Jaffna, dans une zone contrôlée par l'EPDP.