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18 juin 2018

Projet #AlertaPrensa: RSF et Propuesta Civica dressent le bilan des attaques contre la presse dans le contexte électoral mexicain

ALFREDO ESTRELLA / AFP
Reporters sans frontières (RSF) et son partenaire Propuesta Civica ont recensé 45 agressions de journalistes et 4 attaques contre des médias liées à la couverture des élections, entre janvier et mai 2018. Des chiffres alarmants qui mettent en lumière une profession fragilisée et ciblée par la classe politique et des attaques qui s’intensifient à l’approche du vote.

Alors que le Mexique s’apprête à connaître, le 1er juillet 2018, l’un des processus électoraux les plus importants de son histoire, avec l’élection de 3 406 postes publics, du président de la République en passant par les députés, les sénateurs fédéraux et les gouverneurs de 9 des 32 Etats de la fédération, RSF et son partenaire local Propuesta Civica ont mis en place une plateforme de monitoring et d’observation des attaques contre les journalistes et les médias dans ce contexte électoral*. Le projet, baptisé Alerta Prensa (#AlertaPrensa), analyse, région par région et par types d’agressions* ces attaques ciblées.


Pour les cinq premiers mois de l’année, 45 journalistes ont été victimes d’agressions*, dont 16 femmes, et 4 médias ont été attaqués. Des chiffres alarmants qui montrent à quel point la couverture journalistique des élections est complexe dans un pays gangréné par la violence et marqué par les assassinats en série de journalistes, 11 en 2017 et déjà 4 en 2018 (ainsi qu’un 5ème en cours d’investigation), et où la classe politique est également prise pour cible : au moins 112 candidats ou pré-candidats ont été assassinés depuis septembre 2017 au Mexique.

* Un cas d'agression peut concerner plusieurs journalistes en même temps. Les types d’attaques recensées par le projet englobent : les menaces - orales, écrites ou en ligne-, les violences physiques et les campagnes de diffamation/dénigrement- véhiculées dans la presse ou sur les réseaux sociaux, ou le harcèlement judiciaire. Le détail de ces attaques, mois par mois, est consultable sur le site du projet, qui s’étale entre janvier et septembre 2018.


Au fur et à mesure que les élections approchent, le nombre d’agressions augmentent. Propuesta Civica, qui avait déjà mené ce travail lors du scrutin de 2012, avait alors fait le même constat.


RSF appelle la classe politique et les autorités - fédérales comme locales - à mieux prévenir les risques liés à cette couverture électorale et à renforcer et/ou proposer des mesures de protection adaptées, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de l’organisation. La presse mexicaine, dans son ensemble, doit également se saisir du problème et mettre en place des dispositifs spécifiques pour ce type de travail”.

Les autorités mexicaines doivent faire respecter le travail de ces reporters, dont l’importance, dans le processus démocratique en cours, ne devrait plus être à démontrer”, ajoute Sara Mendiola, directrice de Propuesta Civica.

Le district de Mexico (CDMX), Puebla et Morelos, où l’on observe la plupart de ces attaques, ne comptent pas parmi les Etats les plus violents du pays pour la presse.


D’autres régions du Mexique, contaminées par la violence et le crime organisé comme les Etats du Tamaulipas, du Veracruz ou du Guerrero, ne sont pourtant pas épargnées par ce type d’agressions, mais dans ces zones, ces situations ne sont généralement pas dénoncées par les journalistes qui ont peur de représailles et sont souvent contraints de s’autocensurer, générant de véritables zones grises de l’information.


Reporters et éditorialistes, des cibles privilégiées

Ces 8 candidats, auteurs d’agressions, postulaient à des fonctions de maires, de gouverneurs ou de sénateurs.


Des dispositifs de protection inexistants


Ce bilan intermédiaire est très préoccupant : l’augmentation constante de ces agressions à l’approche du vote, le profil des journalistes ciblés, ou encore l’absence de dispositifs de protection efficaces pour ce genre de couverture journalistique renforcent un climat de défiance et d’insécurité intenable pour les journalistes mexicains, déjà confrontés à un niveau de violence sans précédent en Occident.


Pour tous les cas recensés par le projet Alerta Prensa, les journalistes et reporters envoyés sur le terrain pour suivre des équipes de campagne, parfois dans des régions dangereuses, ne disposaient d’aucun matériel spécifique et n’avaient pas reçu de formation adaptée à ce genre de travail, ne sachant donc pas comment agir ni à qui s’adresser en cas d’attaque ou d’agression.


A l’occasion de la divulgation de ce bilan, RSF et Propuesta Civica organisent une conférence de presse à Mexico, ce lundi 18 juin 2018. Des documents regroupant les principaux contacts et institutions à connaître pour dénoncer et/ou faire face à ce type d’agressions seront distribués aux journalistes présents sur place.


- Voir le guide pratique de sécurité pour les journalistes de RSF/Unesco

- Voir le site d’Alerta Prensa