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7 septembre 2020

Procès Khashoggi : “un procès sans public ni journalistes qui ne permet pas de connaître la vérité”

La justice saoudienne a condamné huit personnes à des peines allant de 7 à 20 ans de prison pour l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Pour Reporters sans frontières (RSF), seule une enquête internationale indépendante permettra de rendre la justice.

La condamnation en appel est tombée. Huit accusés ont été condamnés à un total de 124 ans de prison, selon la chaîne saoudienne Al Arabiya, qui cite le procureur général. Les cinq personnes qui avaient été condamnées à la peine de mort en première instance ont finalement écopé de peines de 20 ans d’emprisonnement. Les autres accusés ont été condamnés à des peines de 7 à 10 ans de prison. En première instance, les cinq premiers avaient été condamnés à mort. Comme en première instance, la justice a conclu à une absence de préméditation.


Le total de 124 années de prison pour les auteurs de l’assassinat de Jamal Khashoggi donne l’impression que la justice a été administrée de manière appropriée, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Mais n’oublions pas que le procès s’est tenu à huis clos et n’a donc pas respecté les principes élémentaires de la justice. Ce procès sans public ni journalistes n’a pas permis de connaître la vérité et de comprendre ce qui s’est passé le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul et qui avait donné préalablement l’ordre de commettre ce crime d’Etat. La préméditation n’ayant pas été retenue, on est prié de croire au dérapage, alors que de nombreux d’éléments prouvent le contraire. Notons avec satisfaction tout de même l’abandon de la peine capitale qui avait été prononcée contre certains accusés.” 


“Nous considérons que seule une enquête internationale indépendante sous égide de l’ONU permettra de rendre la justice”, conclut Christophe Deloire.


Onze accusés figuraient initialement parmi les accusés et trois avaient été acquittées. A l’issue du premier verdict en décembre 2019, aucune charge n’a été retenue contre le proche conseiller du prince héritier Mohamed Ben Salmane (MBS), officiellement faute de preuve, ni contre le numéro 2 des renseignements, le général Al-Assiri, soupçonné d’avoir supervisé l’assassinat.


La Turquie, où le journaliste a été assassiné, a ouvert en juillet un procès de son côté. RSF s’est constituée partie civile pour assister aux audiences.


L’Arabie saoudite occupe la 170e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.