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5 mai 2019

Pourquoi Malte chute au classement mondial de la liberté de la presse

Le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) publié le 18 avril dernier révèle que Malte a reculé de 32 places depuis 2017. Alors que cette dégringolade devrait être une source d’inquiétude pour le pays, Mark Anthony Falzon préfère, dans une tribune intitulée “Reporters sans arguments”, s’en prendre au Classement. RSF est donc dans l’obligation d’apporter une réponse factuelle à ces attaques pour corriger certaines inexactitudes, que le Sunday Times of Malta a publiée Dimanche 5 mai.

Dans une tribune publiée le 28 avril dans le Sunday Times of Malta, Mark Anthony Falzonmaître de conférences et directeur de département à l’Université de Malte, explique qu’il n’est pas “convaincu que la liberté de la presse à Malte soit plus menacée aujourd’hui qu’il y a 5 ans”, quand le pays figurait à la 45ème place du Classement de la liberté de la presse établi par RSF.  Au cours des cinq dernières années, Malte a connu une évolution en dents de scie mais c’est surtout au cours des deux dernières années que la position du pays s’est particulièrement dégradée.

Une journaliste a été sauvagement assassinée dans l’explosion de sa voiture, devant son domicile, et un an et demi plus tard, l’enquête n’a toujours pas permis d’identifier le ou les commanditaires de ce meurtre.

Le fait qu’une journaliste soit tuée ne semble pas un incident majeur pour Mark Anthony Falzon. Ce dernier explique que Daphne Caruana Galizia “préférait risquer sa vie plutôt que de compromettre son travail journalistique”... Il oublie cependant de préciser qu’un journaliste ne devrait jamais être confronté à un tel choix.

Contrairement à ce qu’affirme le professeur Falzon, une enquête publique visant à déterminer si la mort de Daphne Caruana Galizia aurait pu être évitée, n’est pas “une perte de temps et d’argent” mais bien une obligation de l’Etat, conformément à son “devoir d’enquête” énoncé dans l’article 2 de la Convention Européenne des droits de l’homme : droit à la vie.

Le rapport de la commission de Venise sur Malte souligne que  "le devoir primordial de l’État est d’assurer le droit à la vie par la mise en place d’une législation pénale concrète dissuadant de commettre des atteintes contre la personne".  

Ces questions ont également été soulevées par le Conseil de l’Europe et le Parlement européen qui ont appelé le gouvernement maltais à s’assurer que les médias et la société civile puissent prendre part aux débats publics et assument leurs responsabilités.

Bien que Mark Anthony Falzon semble mettre au même niveau le travail journalistique et  celui des trolls sur les réseaux sociaux, il est clair que les auteurs de ces trolls qui harcèlent les journalistes et les activistes maltais sont liés peu ou prou au parti au pouvoir. Et la disparition de Daphne Caruana Galizia n’a pas mis un terme à ce phénomène de cyberharcèlement, ces trolls étant destinés à intimider et réduire au silence toutes les voix critiques du gouvernement, une situation qui ne favorise pas la démocratie.

  

Les poursuites bâillons continuent d’empêcher les médias de Malte de rapporter la réalité des faits: l’utilisation de cette procédure conduisant à l’autocensure et au retrait des articles publiés empêchant les citoyens d’accéder à la vérité.

Quand Daphne Caruana Galizia a été assassinée, elle faisait l’objet plus de 40 poursuites judiciaires pour diffamation. Le Premier ministre Joseph Muscat fait partie des membres du gouvernement qui ont maintenu ses accusations à titre posthume. Il est également très préoccupant que des responsables politiques continuent de dénigrer l’héritage de Daphne Caruana Galizia.

Le classement fait également  état de la mainmise des partis politiques sur le paysage médiatique de l’île et du manque d’indépendance de l’audiovisuel public. L’absence de pluralisme a été également soulignée dans de nombreux rapports et études, y compris celui du “Media pluralism Monitor” qui note un taux très élevé, 83%, s’agissant de l’ingérence de politiques dans les médias locaux.

Tous ces facteurs représentent des obstacles pour les journalistes qui souhaitent faire leur travail sans pressions ou sans craintes de représailles. Menaces, insultes et attaques font d’ailleurs partie des “risques professionnels” que rencontrent les journalistes dans de nombreux pays.

Bien que Mark Anthony Falzon  évoque sa profonde aversion pour les classements, RSF rappelle que son Classement mondial de la liberté de la presse est un outil important qui repose sur une comparaison des Etats et de leurs politiques.  La méthodologie utilisée est la même pour les 180 pays évalués (elle est transparente et accessible au public). Le classement sert de référence et est régulièrement cité par les médias du monde entier, utilisé par des diplomates et des organisations internationales telles que les Nations unies ou la Banque Mondiale.

En outre, Mark Anthony Falzon attribue à RSF de nombreuses déclarations sans fondement. Il écrit : “Reporters sans frontières déclare t-elle sérieusement qu’un gouvernement qui ne subventionne pas la presse, constitue une menace pour la liberté de la presse ?”. Or, RSF n’a jamais déclaré ou même avancé cette idée à propos de son classement.

Le classement est un instantané sur l’état de la liberté de la presse, basé sur l’évolution du pluralisme, de l’indépendance des médias, la qualité du cadre légal et la sécurité des journalistes dans chaque pays. Cet index ne classe pas les politiques publiques même si les gouvernements ont évidemment un impact déterminant sur la position de leur pays. Ce n'est pas non plus un indicateur sur la qualité du journalisme dans chaque pays.