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27 janvier 2020 - Mis à jour le 28 janvier 2020

Plusieurs journalistes menacés de mort au Sri Lanka : “Le gouvernement sera tenu responsable de toute violence exercée à leur endroit”

Le président sri lankais Gotabaya Rajapakse prononce son premier discours de politique générale devant le Parlement de Colombo, le 3 janvier 2020 (photo : Ishara S. KODIKARA / AFP).
Alors que plusieurs journalistes ont récemment été l’objet de menaces de mort, Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté le mépris avec lequel la police a traité leurs demande de protection et réclame une action ferme du gouvernement de Colombo.

Les journalistes de Batticaloa, dans l’est du Sri Lanka, ont fait une funeste découverte, le 23 janvier. Un tas de tract a été déposé devant le bâtiment du Club de la presse, avec un message absolument glaçant : “Méfiez-vous ! Ces reporters ont accepté de l’argent des Tigres [tamouls] à l’étranger pour agir contre l’Etat. Nous allons les exécuter.” Cette mise en garde est accompagnée d’une photo sur laquelle figure sept journalistes de Batticaloa, dont la tête est entourée d’une cible. 

 

Cette photo a été prise le 8 janvier dernier, lors d’une commémoration du 11ème anniversaire de la mort emblématique de Lasantha Wickrematunge, rédacteur en chef du Sunday Leader, assassiné en 2009, vraisemblablement sous les ordres de Gotabaya Rajapakse, qui a depuis été élu président de la République, en novembre dernier. Compte tenu de la gravité des propos tenus sur ces tracts, du reste éparpillés ailleurs dans la ville, les sept journalistes visés ont voulu déposer plainte et demander une protection policière. Un officier de la police de Batticaloa leur a adressé un refus catégorique.

 

“Le comportement des forces de police, qui relève d’un profond mépris, est d’autant moins acceptable que, sous l’autorité du même clan Rajapkase, entre 2005 et 2015, au moins quatorze reporters ont été assassinés pour leur travail, explique Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons le gouvernement de Colombo à revoir sa politique sécuritaire et à garantir une protection affective des journalistes menacés de mort, sans quoi il sera tenu responsable de toute violence exercée à leur endroit.”

 

Un peu plus d’une semaine avant la découverte de ces tracts, la chroniqueuse judiciaire Nimanthi Ranasinghe, qui travaille pour le quotidien Lankadeepa dans la ville de Mulleriyawa, au centre du pays, a elle-même affirmé faire l’objet de menaces de mort. Là encore, alors que la journaliste a voulu porté plainte, la police locale a tout simplement refusé de l’enregistrer.

 

Le Sri Lanka figure à la 126e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.