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9 août 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Philippines : trois journalistes assassinés en cinq jours

University journalism students gather in Manila on November 23, 2010 to remember the 57 people killed in the November 23, 2009 massacre in Maguindanao province. photo : Jay Directo / AFP
Reporters sans frontières (RSF) est profondément choquée par l’assassinat de trois journalistes philippins et s’inquiète de voir le bilan des attaques contre la presse s’alourdir considérablement dans l’archipel. L’organisation exhorte les autorités à engager tous les moyens nécessaires pour identifier et sanctionner les coupables.

En moins d’une semaine, trois journalistes ont été abattus sur l’archipel des Philippines. Leo Diaz, correspondant du tabloïd Balita News, a été tué lundi 7 août, criblé de plusieurs balles par des hommes armés en moto, sur l’île de Mindanao, au Sud du pays. Cet ancien officier de police, également chroniqueur pour un journal communautaire, traitait régulièrement de sujets liés à la corruption politique, au jeu illégal ou à la drogue. La veille, le dimanche 6 août, dans la même région, l’animateur pour la radio DXPB, Rudy Alicaway a été abattu dans des circonstances similaires. Selon le directeur de la radio, le journaliste ne couvrait a priori pas de sujets controversés.


Michael Marasigan, ancien rédacteur pour le journal économique BusinessWorld, a quant à lui succombé à ses blessures suite à une attaque par balles jeudi 3 août dans les environs de la capitale, Manille. Alors qu’il voyageait en voiture, des inconnus à moto l’ont visé lui et son frère. Ce dernier est également décédé. Michel Marasigan était un journaliste reconnu pour son travail de qualité sur les cartels économiques des années 1980, et il avait également occupé un poste de consultant média au Ministère des finances. Le ministre de la Justice, Vitaliano Aguirre, a sollicité le National bureau of investigation (NBI) pour l’ouverture d’une enquête.


Ces meurtres rappellent cruellement que l’archipel des Philippines est aujourd’hui le deuxième pays le plus dangereux au monde pour les journalistes, déplore Reporters sans frontières. La loi martiale instaurée sur l’île de Mindanao comme la lutte contre la drogue engagée par le président Duterte dans l’ensemble du pays ne doivent pas se faire au détriment de la sécurité des journalistes et si notre organisation salue la saisine de la section d’élite de la police locale pour faire toute la lumière sur le meurtre de Michael Marasigan et de son frère, nous appelons les autorités à engager des mesures similaires pour les cas de Leo Diaz et Rudy Alicaway et à tout mettre en oeuvre pour que ces assassinats ne restent pas impunis.”


Les Philippines vivent sous l’état d’urgence depuis le mois de septembre 2016, après l’explosion d’une bombe sur un marché dans la ville de Davao, qui avait fait 14 morts. Le 23 mai dernier, le président Duterte a également instauré la loi martiale sur l'île de Mindanao, située au sud de l'archipel, après de violents affrontements entre les forces gouvernementales et des rebelles considérés comme proche d'Al Qaïda et du groupe Etat islamique. Dans la foulée, les militaires ont annoncé leur intention de censurer la presse et les réseaux sociaux pour protéger la “sécurité nationale”.


Avant même le début de son mandat, le président Duterte suscitait de vives inquiétudes chez les défenseurs des droits humains en insultant publiquement la presse. En mars 2017, il réitérait ses propos envers deux des principaux organes médiatiques du pays, les traitant de “fils de putes” et les menaçant de répercussions pour leurs articles critiques sur la guerre antidrogue engagée par le président.


En décembre 2016, Larry Que a été le premier journaliste assassiné sous le mandat de Duterte. En juillet 2017, le commentateur radio Julito Orillaneda, connu pour ses critiques sur le gouvernement, a été grièvement blessé par balles par un homme armé ayant pris la fuite sur une moto conduite par un complice.



Les Philippines demeurent le deuxième pays le plus dangereux pour les professionnels des médias, juste derrière l’Irak, avec 146 journalistes tués entre 1990 et 2015 selon une étude de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Le pays est classé à la 127ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 établi par RSF.