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18 octobre 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Perquisition et saisie dans les locaux de Il Giornale : atteinte au secret des sources des journalistes


Les gendarmes ont perquisitionné pendant sept heures, le 17 octobre 2003, la rédaction de Il Giornale à Rome, le quotidien appartenant à Paolo Berlusconi, le frère de Silvio Berlusconi. Les forces de l'ordre ont consulté les archives du journaliste Gianmarco Chiocci, qui enquête sur l'affaire Telekom Serbia depuis deux ans. Les gendarmes ont copié le disque dur de son ordinateur, saisi 7000 pages de documents, des disquettes, des cassettes audio et des compact disques. Ils ont également tenté de perquisitionner le domicile du journaliste mais celui-ci était absent. Cette perquisition, ordonnée par le procureur de la province de Perugia, Dario Razzi, fait suite à une dénonciation de la magistrate Maria Bice Barborini, qui accuse Gianmarco Chiocci et le directeur de Il Giornale, Maurizio Blepietro, de diffamation et violation du secret de l'instruction. "Cette perquisition et ces saisies sont inadmissibles dans une société démocratique et constituent une grave atteinte au secret des sources des journalistes", a dénoncé Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. "La protection des sources journalistiques est l'une des conditions essentielles de la liberté de la presse. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) le rappelle régulièrement", a-t-il ajouté. Reporters sans frontières rappelle que la CEDH a récemment affirmé dans un arrêt du 25 février 2003 (Roemen et Schmit c/ Luxembourg) que les perquisitions au domicile et dans les locaux professionnels du journaliste sont contraires à l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, si elles ne correspondent pas à "un besoin social impérieux". L'affaire dans laquelle se prononçait la Cour était en partie similaire à celle de Il Giornale. Il s'agissait en effet de perquisitions ayant pour but la recherche d'auteurs potentiels de violation du secret professionnel. L'affaire Telekom Serbia a éclaté il y a 2 ans, lorsque Romano Prodi, Piero Fassino, secrétaire national des Démocrates de Gauche (DS) et l'ex-ministre des Affaires étrangères, Lamberto Dini, ont été accusés par un certain Igor Marini, d'avoir reçu des pots de vin lors de l'achat, en 1997, par Telecom Italia de 29% des parts de Telekom Serbia. Cette acquisition avait entraîné une perte de plus de 500 milliards de lires italiennes. Gianmarco Chiocci est l'un des premiers journalistes à avoir interviewé Igor Marini. Le journaliste avait d'ailleurs déjà été entendu à ce sujet par le Procureur de Turin. Igor Marini avait rapporté à Il Giornale des propos que lui aurait tenu Maria Bice Barborini. Celle-ci lui aurait défendu de parler de l'affaire Telekom Serbia lui assurant qu'il allait "tous les faire tuer". Suite à cette publication, la magistrate avait porté plainte contre Igor Marini auprès du Procureur de Perugia. La violation du secret de l'instruction dont Il Giornale est accusé concernerait des documents relatifs à la déposition d'Igor Marini à des magistrats suisses. De nombreux journaux italiens enquêtent sur l'affaire Telekom Serbia. Récemment, le quotidien La Repubblica a publié des documents qui démontreraient que toute cette affaire a été montée par la droite pour discréditer la gauche et qu'Igor Marini est un imposteur. Le 1er octobre, un journaliste de l'hebdomadaire L'Espresso, du même groupe d'édition que La Repubblica, a également été l'objet d'une perquisition.