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25 avril 2018 - Mis à jour le 26 avril 2018

Peines de prison pour 14 collaborateurs de Cumhuriyet : un nouveau jour noir pour la liberté de la presse en Turquie

Crédit : Ozan Kose / AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce fermement la condamnation de 14 journalistes et collaborateurs de Cumhuriyet à des peines allant jusqu'à plus de huit ans de prison, ce 25 avril 2018. Un verdict qui témoigne à nouveau de la criminalisation du journalisme en Turquie.

La sentence est tombée dans la soirée du 25 avril, entre les murs de la prison de haute sécurité de Silivri : 14 journalistes et collaborateurs du journal Cumhuriyet ont été condamnés à des peines de réclusion criminelle. Ils resteront néanmoins en liberté conditionnelle, sous contrôle judiciaire, jusqu’à ce que le verdict soit confirmé en appel.


“Ce verdict est à l’image d’un procès qui aura été politique de bout en bout, dénonce le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu. Ces condamnations n’ont rien à voir avec la justice : elles ne cherchent qu’à faire taire un des derniers médias critiques du pays, à intimider la profession et à assouvir une soif de revanche politique. Nous resterons aux côtés de Cumhuriyet et de tous les journalistes turcs injustement persécutés jusqu’à ce que justice leur soit enfin rendue.”


Le directeur exécutif du quotidien, Akın Atalay, son rédacteur en chef Murat Sabuncu, le journaliste d’investigation Ahmet Şık, les chroniqueurs Kadri Gürsel et Hikmet Çetinkaya, le caricaturiste Musa Kart, l’ancien rédacteur en chef par intérim Aydın Engin ainsi que les administrateurs Bülent Utku, Güray Öz, Önder Çelik, Mustafa Kemal Güngör, Hakan Karasınır et Orhan Erinç, ont été condamnés à des peines allant de deux ans et demi à huit ans, un mois et quinze jours de prison pour “assistance à une organisation terroriste”. Le comptable du journal, Emre İper, a été condamné à trois ans, un mois et quinze jours de prison pour “propagande terroriste”.


Au bout de près d’un an et demi de détention provisoire, Akın Atalay a enfin été remis en liberté conditionnelle. Les fiscalistes de Cumhuriyet Günseli Özaltay, Bülent Yener et le rédacteur en chef du supplément Livres, Turhan Günay, sont acquittés. Le tribunal traitera séparément les dossiers de l'ancien rédacteur en chef Can Dündar et du journaliste İlhan Tanir, en exil.


Les journalistes et administrateurs de Cumhuriyet sont reconnus coupables d’avoir mis en oeuvre un “changement radical de ligne éditoriale” pour soutenir les visées de trois organisations considérées comme “terroristes” en Turquie. Des accusations largement fondées sur des articles de presse, des contacts de Cumhuriyet avec des sources d’information ou des partenaires commerciaux, ou encore les activités de son conseil exécutif, autant d’éléments surinterprétés et tirés de leur contexte.


Le journal a multiplié les révélations embarrassantes pour les autorités ces dernières années, devenant le fer de lance d’une presse indépendante plus que jamais sous pression. Ce qui a valu à Cumhuriyet de recevoir le Prix RSF pour la liberté de la presse en 2015.


La Turquie occupe la 157e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet 2016 : près de 150 médias ont été fermés, les procès de masse se succèdent et le pays détient le record mondial du nombre de journalistes professionnels emprisonnés.