Actualités

9 juillet 2018 - Mis à jour le 10 juillet 2018

Pays-Bas: RSF dénonce  des attaques répétées au secret des sources des journalistes

DR
Le procureur d’Amsterdam a reconnu jeudi 5 juillet avoir espionné une conversation entre un journaliste et sa source dans une enquête récente, au mépris des règles de procédure. C’est la troisième fois en l’espace de quelques mois que la justice néerlandaise porte atteinte au secret des sources des journalistes. RSF appelle les autorités à respecter les procédures afin d’éviter de nouvelles dérives.

Selon une information révélée par la télévision publique NOS le 4 juillet dernier et confirmée quelques heures plus tard par le bureau du procureur d’Amsterdam, les services du procureur auraient espionné le 29 mars dernier une conversation entre un journaliste et sa source sans respecter la procédure requise.

Alors que le journaliste essayait d'obtenir des informations sur le meurtre du frère d’un membre de la mafia néerlandaise, la police a placé son téléphone sur écoute sans respecter les demandes d’autorisation préalables en vigueur. Malgré le tollé provoqué par cette affaire, l'identité du reporter n’a pas été révélée afin d’assurer sa sécurité.

 

RSF dénonce fermement le recours à des procédés qui en dépit des règles en vigueur violent le droit des journalistes à protéger leurs sources et peuvent avoir un effet dissuasif sur le travail des journalistes néerlandais, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans de RSF. Alors que le Parlement vient d’adopter une loi qui garantit la protection des sources des journalistes appelés à témoigner dans le cadre d’affaires criminelles, il est essentiel que les autorités respectent à la lettre les procédures.”

 

Cet incident survient quelques semaines seulement après le parquet néerlandais a demandé et obtenu illégalement les relevés téléphoniques d’un autre journaliste, Jos van de Ven, reporter à Brabants Dagblad qui enquêtait sur la procédure de nomination d’un nouveau maire dans la commune de Bois-le-Duc. En accédant aux relevés téléphoniques de Jos van de Ven via son opérateur téléphonique, le bureau du procureur a pu remonter aux sources du journaliste et inculper deux suspects pour “divulgation d’informations confidentielles”, ce type d’informations étant classifiées aux Pays-Bas et leur violation considérée comme une infraction pénale.

 

Dans la foulée, jeudi 6 juillet, le procureur de Rotterdam a été contraint d’admettre qu’entre octobre 2017 et février 2018, un troisième journaliste, Joey Bremer photographe de l'agence MediaTV avait été placé sur écoute dans le cadre d’une enquête criminelle afin d’identifier un policier suspecté de lui avoir transmis des informations sensibles. Joey Bremer qui travaille pour les plus grands médias néerlandais envisage d’ailleurs de porter plainte auprès autorités judiciaires et de la police.

 

Situés à la troisième place du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF en 2018, les Pays-Bas n’échappent pas à la tendance générale qui voit une détérioration de la liberté de la presse en Europe.