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10 juillet 2020 - Mis à jour le 27 juillet 2020

Pays baltes : le détournement de sanctions européennes pour interdire des chaînes russes n’est pas légitime pour promouvoir la fiabilité de l'information

Dmitrii Kiselev (AFP)
La Lettonie et la Lituanie viennent d’interdire des chaînes de télévision russes en justifiant leur décision par l'application de sanctions de l'Union européenne. Alors que Riga appelle désormais tous les Etats membres à suivre son exemple, Reporters sans frontières (RSF) déplore un usage détourné de ce régime de sanctions.

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Le Conseil national des médias audiovisuels de Lettonie (NEPLP) a interdit le 6 juillet la diffusion de sept chaînes du réseau russe RT dans le pays. Le NEPLP a justifié cette décision par l’application des sanctions imposées en 2014 par l’Union européenne à Dmitrii Kiselev, qui, en plus d’être le chef de l’agence de presse Rossiya Segodnya, exercerait également un contrôle sur RT. L’appel du NEPLP lancé à tous les pays de l’UE afin qu’ils “suivent (son) exemple” a été entendu puisque dès le 8 juillet, la Lituanie lui a emboîté le pas en annonçant à son tour l’interdiction imminente de diffusion de cinq chaînes de RT.


La Lettonie n’avait pas été la première à bannir un média qui diffuse de la propagande du gouvernement russe en invoquant le régime de sanctions européennes. Avant elle, l’Estonie voisine avait dès décembre 2019 provoqué la fermeture de la rédaction estonienne de Sputnik, un média du groupe Rossiya Segodnya, en menaçant abusivement ses salariés de procédures pénales pour coopération avec Kiselev.


RSF dénonce ce détournement de la politique des sanctions européennes au motif, légitime en soi, de préserver l’indépendance et la fiabilité de l’information. Une telle décision d’interdiction ou de fermeture d’un média dépasse le cadre des sanctions prises contre Dmitrii Kiselev. Quelle que soit l'agressivité de la propagande russe en Europe, les sanctions de l'UE ne sont pas un outil légitime ni approprié pour la combattre.


Plutôt que la fermeture de médias pour des motifs flous et sur une base juridique fragile, les États peuvent exiger des garanties d’indépendance éditoriale de l’ensemble des médias et prononcer des sanctions légitimes, sous contrôle judiciaire, lorsqu’il est établi que ces médias ne satisfont pas à leurs obligations. Soumettre tous les médias aux mêmes obligations (sans considération de l’origine géographique) permettrait d’éviter des mesures de rétorsion de la part de pays qui se livrent à des guerres de l’information.


La Lettonie se situe à la 22e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020, alors que la Lituanie occupe la 28e et l’Estonie la 14e.