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27 septembre 2018 - Mis à jour le 3 octobre 2018

Pakistan : RSF exige le retrait du mandat d’arrêt émis contre le journaliste Cyril Almeida

Le mandat d'arrêt émis contre Cyril Almeida est une nouvelle attaque contre l'indépendance éditoriale de "Dawn", le principal quotidien anglophone du Pakistan (photo : Rizwan Tabassum / AFP).
Le rédacteur en chef adjoint du prestigieux quotidien Dawn fait l’objet d’accusation de complicité de trahison pour avoir publié une interview de l’ancien Premier ministre pakistanais. Reporters sans frontières (RSF) appelle les instances judiciaires du pays à faire respecter l’Etat de droit en retirant le mandat d’arrêt qui vise le journaliste.

“Mandat d’arrêt sans possibilité de caution”... C’est la décision pour le moins expéditive que la Haute Cour de justice de Lahore, dans l’est du Pakistan, a prise lundi 24 septembre à l’encontre de Cyril Almeida, rédacteur en chef adjoint de Dawn, le principal quotidien anglophone du pays. Pour justifier son acte, le tribunal a prétexté que le journaliste ne s’est pas présenté à une audience tenue ce même lundi 24, laquelle concernait une instruction pour trahison contre deux anciens Premiers ministres, dont Nawaz Sharif, devenu l’une des bêtes noires de l’establishment militaire.


Cette affaire trouve son origine dans une interview qu’il a accordée à Dawn le 11 mai dernier : le leader politique s’interroge notamment sur d’éventuels ”éléments venus du Pakistan” parmi les responsables des attentats de Mumbai de 2008, en Inde. La Haute Cour de Lahore en a déduit que cet entretien faisait de Cyril Almeida un complice présumé de “haute trahison”.


Harcèlement


Le président du tribunal a affirmé que trois citations à comparaître avaient été envoyées à Cyril Almeida. Mais du côté de la rédaction de Dawn, à Islamabad, on fait remarquer qu’une seule notification a été reçue, en fin de semaine dernière. Quant au journaliste, qui se trouvait à Karachi, à l’autre bout du pays, il n’a eu d’autre choix que de se faire représenter à Lahore par un avocat. Il est à nouveau cité à comparaître le 8 octobre prochain.


“Il est absolument intolérable que Cyril Almeida soit accusé de trahison simplement pour avoir recueilli les propos d’une personnalité politique, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous exigeons que la cour retire immédiatement ce mandat d’arrêt ubuesque, qui porte le sceau infamant du harcèlement. A travers de grossiers vices de procédures, il s’agit clairement d’intimider le journaliste pour le décourager de mener à bien son travail d’information. Derrière ce cas, c’est la liberté éditoriale de Dawn qui est visée par l’establishment.”


Lignes rouges


Le quotidien est l’objet de pressions grandissantes pour le forcer à suivre le cadre éditorial imposé par l’armée, et à ne pas franchir certaines lignes rouges, comme évoquer le rôle des services de renseignement ou la politique d’Islamabad envers le voisin indien. La fameuse interview de Nawaz Sharif, publiée dans Dawn le 12 mai dernier, avait déjà entraîné le blocage de la distribution du journal dans la quasi-totalité du pays. Un moyen particulièrement efficace de saper le modèle économique de la publication, les annonceurs étant réticent à acheter des espaces publicitaires dans une publication à la distribution perturbée.


Avec le mandat d’arrêt émis contre son rédacteur en chef adjoint, qui se retrouve par ailleurs interdit de sortie du territoire, c’est par la voie judiciaire que s’exerce maintenant une nouvelle pression. La rédaction de Dawn assure du reste que Cyril Almeida honorera la prochaine citation à comparaître. En 2016, il n’avait pas hésité à interrompre sa couverture des élections états-uniennes pour revenir témoigner devant une cour établie par le gouvernement pakistanais.


Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF.